La Boîte de Schrödinger, Saison 2 ~ Jacques Fuentealba

Cela faisait pas mal de temps que je souhaitais lire un ouvrage de Jacques Fuentealba, diverses critiques de son Émile Delcroix et l’ombre sur Paris m’ayant intrigué, tout comme ses micro-nouvelles que l’on peut lire au gré des réseaux sociaux ou dans La Fabrique de Littérature Microscopique. Le tout nouveau concept d’Adopte un auteur m’a donné l’occasion rêvée de me plonger de ce recueil de nouvelles fantastiques publié par Walrus.

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Vous ne trouvez pas qu’il y a dans l’air comme une odeur de fantômes, de monstres, de bizarreries, de vampires et d’apocalypses en tous genres? Oui, c’est bien ce que je me disais! Voici donc la nouvelle saison de l’OVNI littéraire made in Walrus: la Boîte de Schrödinger est de retour pour une nouvelle saison, avec aux manettes le formidable auteur d’ « Émile Delcroix » précédemment publié chez Walrus, Jacques Fuentealba.

« La Boîte de Schrödinger » se veut devenir, toute proportion gardée, l’équivalent textuel de ce que « La Quatrième Dimension » fut pour la télévision il y a quelques dizaines d’années, à savoir un formidable laboratoire de scénaristes, de conteurs, d’auteurs et d’inventeurs. Des auteurs aussi célèbres que Richard Matheson, entre autres, ont travaillé d’arrache-pied à faire de cette série télé la référence en matière de Fantastique. La Boîte de Schrödinger, à sa hauteur, veut prolonger l’héritage, et offre donc aux auteurs désireux d’en être la possibilité de travailler à leur propre saison, avec leurs propres épisodes, dont chacun portera sa patte, son univers propre. En donnant un nouvel éclairage à ce genre injustement boudé qu’est la nouvelle, nous espérons ouvrir la voie à de nombreuses suites. La seule contrainte: proposer au lecteur des univers étranges, décalés, bancals, où le fantastique, la peur et l’extraordinaire surgissent dans notre quotidien pour ne plus jamais nous laisser en paix!

Comme toujours, même lorsqu’un seul auteur tient la plume, la critique d’un recueil de nouvelles est un exercice très particulier, et je vais faire de mon mieux.

Parmi les 21 nouvelles de cette Boîte de Schrödinger, il y a celles qui marquent indéniablement.

L’École de la vie déjà, certes à la thématique pas très originale, mais dont le style accroche rapidement le lecteur. Et puis l’évolution de la nouvelle n’est pas inintéressante.

Les Pluies du crépuscule, qui offre un traitement original au récit de super-héros.

L’Appel du cor, avec son aspect très progressif (quasiment au sens musical du terme) qui nous entraine aux côtés du narrateur jusque dans une folle cavalcade.

Indicible, l’une de mes nouvelles favorites du recueil, qui met en scène des versions francisées des plus fameux auteurs d’horreur anglo-saxons. Savoureuse.

Les Monstres, autre récit de super-héros se déroulant dans le même univers que Les Pluies du crépuscule (à quand un texte plus long dans celui-ci Jacques ?), avec une infiltration nerveuse à l’esprit très cyberpunk.

L’Ermite, au final savoureux de dérision.

Le métadragon, là aussi hilarante. L’idée est tout bonnement géniale. Une belle façon de tourner en dérision l’un des classiques du récit héroïque.

Trop de paperasse ! Sympathique nouvelle de SF à la conclusion pleine d’humour noir.

L’Accordeur de Miroirs revisite l’image du vampire et ses origines, à la façon d’un récit mythologique. J’adore.

Et puis La Troisième Voie, et sa structure poétique. Superbe ouverture de la cinquième partie du recueil, consacrée aux Apocalypses. Certainement la partie qui m’a le plus emballé, l’apothéose du recueil. La Puissance destructrice du mythe est une quête de la vérité, face à la régression de l’humanité, ouvrant sur une terrible révélation. Sous des cieux de flammes et de cendres… voit la Terre se consumer littéralement, envahie par des créatures de feu.  Les moins qu’humains, malgré quelques poncifs dans les noms des personnages, nous présente une humanité au-delà de l’agonie. Sera-t-elle finalement sauvée ?

Et se conclure par ce génial Épilogue qui m’a instantanément fait penser à la série Thursday Next de Jasper Fforde. Superbe façon d’en finir avec ce recueil, avec une nouvelle qui parlera aux lecteurs et aux auteurs.

Le reste du recueil est de bonne facture, malgré deux ou trois nouvelles peu marquantes, et le style de Jacques Fuentealba nous aide à nous délecter de ces textes. Un bémol cependant pour la nouvelle qui ouvre ce recueil, Ghost Dance, dont la thématique est intéressante mais avec un traitement que j’ai trouvé trop longuet, et une certaine lourdeur inhérente à un récit mettant en jeu des Indiens, avec des noms à rallonge qui surchargent la lecture. Mais il était difficile de faire autrement en même temps. Il faudra juste que le lecteur ne s’arrête pas à cette entame de recueil, car il raterait de bien bons moments par la suite.

Au final, un très bon recueil de nouvelles fantastiques, varié aussi bien dans les styles que dans les genres, avec des textes majoritairement marquants. À découvrir sans hésitation.

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Jacques Fuentealba, un auteur à adopter.

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Les Nécrophiles Anonymes – Tome 1 : Quadruple Assassinat dans la rue Morgue

Lue depuis quelques temps maintenant, voici enfin ma chronique de cette novella de fantastique contemporain, qui ouvre la série Les Nécrophiles Anonymes, de Cécile Duquenne, publiée par les Editions Voy’el et disponible en numérique chez Bragelonne.

Népomucène, préposé à la Morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d’environ 150 ans d’âge. Lorsqu’il manque devenir la cinquième victime d’un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l’enquête. L’immortel est certain qu’une autre créature surnaturelle a commis le massacre.
Ainsi commencent les aventures des Nécrophiles anonymes.

Cécile Duquenne, je suis son travail depuis de nombreuses années, mais c’est là le premier de ses textes finalisés que j’aie l’occasion de lire.

Et je me suis régalé avec ce texte court, aux personnages fort bien dépeints et d’une truculence tout à fait savoureuse. Format court oblige, l’action se passe très vite, mais n’empêche pas d’explorer la relation ambiguë entre les deux principaux protagonistes que sont Népomucène et Robert Joachim Charles-Henri de Bruyère, aka Bob.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, et j’ai hâte de les retrouver eux aussi dans le second tome (prévu pour ?). Mention spécial pour Basil, le brocanteur à jambe de bois, plein de surprises. Le personnage d’Edgar, grand spécialiste de l’empaillage, est sympathique mais apporte une touche de vulgarité peut-être dispensable. Quoique sans lui, il n’y aurait pas cette scène de visionnage de Buffy contre les Vampires débouchant sur une révélation… inattendue ! Le clin d’œil à la série est tout à fait dans l’esprit du récit.

Le style est d’une fluidité exemplaire, on dévore cette première aventure avec beaucoup de plaisir. Et bien entendu, le titre n’est pas qu’une simple référence à Poe, sans que l’on soit dans le pastiche pour autant (ce qui me donne envie de me relire quelques unes de ses nouvelles). Ici Bob s’affirme d’emblée comme le pendant de Dupin, dont il partage les impressionnantes capacités d’analyse et de déduction.

Seul (très petit) bémol : Pourquoi faut-il toujours que dans les récits mettant en scène un humain ami avec un vampire, il y ait toujours ce moment où l’humain s’exclame : « Quoi, il n’y a pas que les vampires qui existent ? Mais y a quoi encore ? ». Trop lu/entendu à mon goût. Mais ce n’est qu’un tout petit détail qui n’empêche pas de profiter pleinement de cette première enquête de Népomucène et Bob.

En résumé, c’est donc une très bonne entrée en matière pour cette série fantastique. Le groupe de personnages qui se met en place est attachant, le style d’une fluidité exemplaire. Vivement la suite !

Ma note sur Livraddict : 17/20

Patrick Rothfuss, la Fantasy et ma Larme Noire

Je lisais hier cette interview de Patrick Rothfuss [en], dans laquelle, entre autres analyses de ce qui le faisait fuir dans nombre de romans de Fantasy, il listait les cinq clichés que les
auteurs devraient éviter en Fantasy (traduction rapide par les soins de votre serviteur).

  1. Une prophétie. Je ne veux plus jamais lire un roman sur « l’être élu ».
  2. La demoiselle en détresse. J’ai connu un certain nombre de demoiselles dans ma vie. La grande majorité d’entre elle n’avait pas besoin d’un sauvetage.
  3. Des elfes avec des arcs qui vivent dans les arbres. Des nains avec des haches qui vivent dans des grottes. C’était bien quand le Tolkien le faisait, c’était il y a 60 ans. Il est temps d’aller de l’avant.
  4. Des vampires maussades. Toute sorte de vampire devrait probablement être évitée arrivé à ce point. Le genre est quelque peu dépassé.
  5. Des dragons. Comme ci-dessus.

Du coup, petit jeu amusant pour moi : prendre l’actuelle version de La Larme Noire et la comparer à cette liste, tout en voyant si mes idées de corrections étaient bonnes. Vous êtes prêts ?

  1. Une prophétie : paf, y a le Destin qui se terre à tous les coins de chapitres (en exagérant un peu), une prophétie qui parle d’Élus qui s’éveilleront pour aller contrecarrer le retour du Dark Evil One, lui-même se préparant à l’affrontement. On part mal là… Je prévoyais quand même d’atténuer cet aspect dans la réécriture.
  2. La demoiselle en détresse : Là ça va. Peu de personnages féminins dans le récit (Un tort ? Possible à redresser avec la trame ? Me paraît difficile.) Et elles ont de la ressource les bougresses ! Ce serait plutôt elles qui viendraient au secours de mes damoiseaux en détresse.
  3. Elfes blablabla, nains blablabla : Là c’est proche d’un epic fail pour la version à corriger. En plus, les elfes, on ne les voit pas du tout (donc quel intérêt à les évoquer ?) et mes nains sont… barbus et experts dans l’art de la forge. Mais heureusement, il était prévu d’éradiquer les présences, ainsi que celle des hideux et méchants orques. L’honneur était déjà sauf ! Ouf…
  4. Euh c’est quoi cette histoire de vampires ? Confusion Fantasy et bit-lit ? Si c’est pour mettre du vampire façon Ravenloft, honnêtement je ne vois pas le soucis. Je dois manquer de référence en matière de vampires en Fantasy moi…
  5. Des dragons : re-fail. J’espère juste avoir traité son cas avec suffisamment d’originalité pour donner envie à Patrick Rothfuss de lire ma Larme Noire.

Finalement, je ne m’en sors pas si mal. J’arrivais à la même analyse que lui sur ce que je ne voulais plus voir dans ce roman-feuilleton. C’est dingue non ?

Après, rien n’est figé. Peut-être que je voudrais garder mon histoire avec son bestiaire basique. Cela ne permettrait-il pas de conserver les lecteurs peu habitués à la Fantasy, mais qui ont vu sur un écran l’adaptation du Seigneur des Anneaux, de leur offrir une base connue pour se plonger plus aisément dans un nouvel univers ? Un point à explorer plus avant certainement. Tout élément de votre part sera bienvenu pour alimenter la réflexion.

Le mot de la fin, je le laisse au délecteur, puisqu’il résume très bien ma pensée :