Alain Damasio, sa Horde du Contrevent et ma Larme Noire

La Horde du Contrevent - Alain DamasioCette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été.

Pour l’occasion, j’ai envie de reprendre le principe de la chronique de lecture/papier sur l’inspiration que j’avais déjà employé suite à mes lectures de la Compagnie Noire (ici et ).

La Horde du Contrevent, par Alain Damasio, édité par La Volte, en poche chez Folio SF. À noter au passage cette excellente nouvelle : la version numérique, sans DRM, est également disponible.

L’accroche :

Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime.

Lecture coup de poing, lecture coup de cœur. Un petit bijou stylistique, philosophique, poétique, d’un cynisme formidable. Je pourrais m’extasier pendant des dizaines de ligne sur ce roman formidable, auquel on pourrait pourtant rester réfractaire. La mise en place pourrait sembler laborieuse, entrer dans ce récit alternant les points de vue n’étant pas si aisé. Le temps de se caler, de bien cerner qui est qui, et ce n’est plus que du plaisir !

Ça tombe bien d’ailleurs car c’est quand on arrive à s’habituer à cette narration si particulière, que l’on commence à saisir le background sur lequel s’appuie le récit, que les évènements deviennent palpitants. Autant dire une excellente gestion du rythme, l’exposition s’étalant juste sur la longueur nécessaire.

La quête de la Horde est un bras de fer surhumain contre une nature hostile, face à ce vent qui ne tombe jamais et brise les hommes. Un voyage initiatique jusqu’aux confins du monde. Les 23 membres de cette Horde remontent à la force du corps, plus souvent encore au mental, affrontant les éléments avec un courage proche de la folie. Avec cette question qui devient de plus en plus prégnante au fil de leur progression vers l’Extrême-Amont : et si tout cela était vain ? La réponse… je vous laisse la découvrir par vous-même.

Qu’est-ce que j’en tire pour ma Larme Noire ?

C’est l’occasion d’évoquer ce qui est pour moi la vraie grosse claque stylistique d’Alain Damasio dans ce roman : la narration par points de vue multiples. Au sein de chaque chapitre alternent les focalisations internes. Certes, Sov est le personnage qui est le plus présent à ce niveau, normal en tant que scribe de la Horde. Mais il n’est pas le seul à nous conter cette quête. Une bonne partie des 23 membres de la 34e prendront la parole au fil du roman. Et c’est là que je suis tout bonnement impressionné. Les 23 membres, sans exception, parviennent à exister pleinement par ce choix narratif.

Parce que soyons honnête, certains hordiers n’apparaîtraient pas pendant toute une partie du récit (je pense à Coriolis, Callirohé ou Aoi par exemple). Mais à travers le regard de leurs compagnons, à travers leurs propres prises de paroles à un temps du récit, l’intégralité de la Horde est présente à chaque instant devant nos yeux. Il est là le tour de force du roman ! Chaque hordier est clairement caractérisé. Et voir ce monstre de Golgoth par les yeux de ses ouailles le rend encore plus impressionnant.

C’est pour ça que ce roman est une pure leçon stylistique. Parce qu’il me confirme dans ma volonté d’explorer pour La Larme Noire une piste qui me trottait dans la tête depuis plusieurs mois, sans oser m’en approcher. Deux défauts collent au texte pour le moment :

  • une caractérisation trop forte des personnages les plus « forts » (Baldwulf et Brytwin) au détriment des autres (Hildor et Deorman essentiellement).
  • des changements de point de vue multiples, toujours en focalisation externe, qui pourraient perdre le lecteur en cours de route.

Ici, Alain Damasio m’a montré avec maestria que c’est une piste sérieuse à suivre. J’avais déjà apprécié ce format de narration dans Neuvième Cercle, le premier roman de Fabrice Colin, et là je l’ai redécouvert. Avec l’envie plus forte que jamais de voir si ma série peut encore gagner en dynamisme et en puissance en bouleversant sa narration. Surtout que les focalisations multiples, je l’ai dit, sont déjà une base de la narration depuis le début dans La Larme Noire (avec certains passages dont je ne suis pas peu fier niveau choix du point de vue). Mais le choix d’une focalisation externe était-il le bon ?

Le soucis, c’est le format série. Je m’explique. Est-ce que pour le lecteur, il n’y aura pas de soucis à se retrouver embarqué dans un récit de 6 épisodes (voir plus si je me lance complètement dans cette réécriture de la réécriture), représentant chacun 45 minutes de temps de lecture, alternant les focalisations sur de courts chapitres ? D’autant plus que les épisodes seraient certainement publiés à un rythme hebdomadaire ? N’est-ce pas compliquer les choses inutilement de ma part ? Est-ce une perte de temps que de me lancer dans un travail aussi laborieux qu’une refonte complète du système narratif ?

En fin de compte, que reste-t-il de cette lecture ?

Ces questions, je me les posais vaguement avant de lire La Horde du Contrevent. Ce roman me marquera de façon indélébile par sa qualité, par la force de son récit, par son cynisme de plus en plus présent, mais également pour les questionnements qu’il a soulevé, que ce soit ceux liés au vécu des hordiers au fil de leur éveil aux dernières formes du vent, mais également ceux liés au processus d’écriture dans lequel je suis actuellement.

Désormais, ces questions de choix de la focalisation m’accaparent quand il s’agit de repenser La Larme Noire. Je ne me les pose plus seulement en toile de fond. Et je vous les pose à vous aussi, amis lecteurs et auteurs.

Avez-vous été convaincus par cette forme de narration (que ce soit dans la Horde ou dans un autre roman) ? Pensez-vous que ce soit compatible avec un format feuilleton, et en numérique ?

Et si vous écrivez, avez-vous tenté cette expérience ? À quels écueils vous êtes vous heurtés en cours d’écriture ?

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Confessions d’un automate mangeur d’opium

Cette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été. Pour que chaque roman ait sa chronique, les retours seront aussi synthétiques que possible.

Confessions d’un automate mangeur d’opium par Fabrice Colin et Mathieu Gaborit, édité chez Le Serpent À Plumes.

L’accroche :

Paris, 1899… L’industrie, portée par la force de l’Éther, a révolutionné le monde. Le ciel bourdonne de machines volantes, les automates sont partout qui agissent au service des hommes, hommes qui communiquent entre eux par téléchromos d’un continent à un autre. Dans cette ville moderne où s’ouvre une éblouissante Exposition Universelle, une jeune comédienne, Margo, aidée de son frère psychiatre, enquête sur la mort mystérieuse de son ex-maîtresse et d’un singulier personnage créateur de robots…
Écrites à deux mains par deux jeunes auteurs incroyablement doués, ces Confessions d’un automate mangeur d’opium sont un bonheur d’imagination et de virtuosité littéraire, à découvrir au plus vite.

Encore une chouette lecture ! Roman steampunk écrit en 1999 par deux jeunes talents plein d’avenir, qui ont montré par la suite que ce n’était pas usurpé, ce fut pour moi un bon retour dans un genre vers lequel je ne me suis que peu tourné.

Certes, on pourrait reprocher un décor trop légèrement décrit (tout ce qui ne sert pas à l’intrigue est laissé de côté, alors que l’on aimerait en savoir bien plus) et des personnages qui manquent de facettes, avec des stéréotypes inévitables. Pourtant, le récit est rythmé, l’alternance des points de vue de Margo et de son frère Théo permettant d’apporter des éclairages divers sur l’intrigue. Celle-ci est assez classique (et serait directement transposable en scénario de jeu de rôle, et  je suis sûr que ce n’est pas fortuit), mais menée correctement. Le style est fluide, ce qui n’était pas évident avec une écriture à quatre mains.

Bref, un bon moment passé dans ce Paris de 1899 version uchronique, même si l’ensemble resterait perfectible. Un pur divertissement façon feuilleton d’aventure. Une bonne entrée en matière pour le lecteur souhaitant découvrir le courant Steampunk.

Ma note sur Livraddict : 8/10

Blanche-Neige et les lance-missiles (Quand les Dieux buvaient, tome 1)

Cette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été. Pour que chaque roman ait sa chronique, les retours seront aussi synthétiques que possible.

Blanche-Neige et les lance-missiles (Quand les Dieux buvaient, tome 1) par Catherine Dufour, édité chez Nestiveqnen.

L’accroche :

Tous les contes commencent par « Il était une fois » et finissent par  « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Oui mais… et après ?
Et si le règne de Blanche-Neige avait été une horrible dictature ?
Et si le Miroir Magique était devenu gâteux ?
Et si la Belle au Bois Dormant était devenue lesbienne ?
Et si Peau d’Âne était tombée amoureuse du prince de Cendrillon ?


Et si Dieu s’était mis à boire ?…

Bon, au moins je ne vais pas faire le bisounours pour qui toutes les lectures sont géniales. Parce soyons direct, je n’ai pas accroché. L’idée de départ n’était pas si mauvaise. Mais le traitement de celle-ci ne m’a pas emballé plus que ça. Grosso modo, un chapitre sur deux est pénible à lire. Ceux où l’on suit Aurore, Peau d’Âne et le Petit Chaperon Rouge, pardon la Vareuse Tagueule (d’ailleurs la fréquence d’apparition des « ta gueule » dans le texte… bof), sont plutôt sympathiques, avec un humour pas si désagréable et quelques bons mots.

Et puis entre leurs pérégrinations, on a tout l’historique qui a amené à la situation donnant son titre au roman. Et là, pffff, c’est d’une lourdeur innommable. À trop vouloir inventer, on arrive à des inventions inutiles (les noms « exotiques » d’animaux). Et c’est bien dommage. Trop de trop pour que la lecture soit autre chose que laborieuse. Le chapitre sur le chevalier Méthode par exemple démarre fort bien (avec sa déferlante de jeux de mots : le port « Képique », le port « Quétévas », le port « Temanto » ou encore « Saint Glaude patron des Denrées »), et puis on enchaîne avec sa descendance et ça s’alourdit fortement, après une épopée qui commençait déjà à devenir fort redondante.

Une certaine impression de gâchis au final car l’intrigue centrale n’est pas si mauvaise. Mais que d’enrobage alambiqué autour !

Je me suis quand même bien amusé au début de ma lecture, mais au bout d’un moment c’est devenu pénible. Il ne suffit pas de vouloir singer Pratchett (je ne dis pas que c’était le but, mais c’est ce que sous-entend la bio de Catherine Dufour au dos du roman) pour que ça passe. Ou alors j’ai raté quelque chose…

Ma note sur Livraddict : 3,5/10

Le Déchronologue

Cette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été. Pour que chaque roman ait sa chronique, les retours seront aussi synthétiques que possible.

Le Déchronologue par Stéphane Beauverger, publié initialement chez La Volte, en poche chez Folio SF.

L’accroche est la suivante :

Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles, Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l’impensable: un Léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher la foudre et d’abattre la mort ! Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait: qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !

Un de mes coups de cœur de cet été, indéniablement. Une lecture dont je suis ressorti les jambes un peu flageolantes, tant le final est ébouriffant, avec tout qui se met en place. J’adore !

Le Déchronologue, ce n’est pas une lecture comme les autres. Les chapitres ne sont pas proposés dans un ordre linéaire et du coup si on lit le roman tel qu’il se présente (ce que j’ai fait), on ne suis pas l’action dans l’ordre chronologique. Du coup on connait les conséquences de certains actes sans savoir ce qu’il s’est passé auparavant, ou au contraire on sait ce qui se passe sans en voir les conséquences dans l’immédiat.

Forcément, le choix d’un capitaine pirate comme voix pour conter ce récit a fait mouche chez moi, grâce à un style fleuri, fluide et efficace, qui place Stéphane Beauverger dans la liste des auteurs que je vais suivre à l’avenir. Les trouvailles fourmillent, et voir des objets qui nous sont familiers à travers l’œil d’un habitant du XVIIe siècle est délectable.

Les personnages sont hauts en couleur, à commencer par le Capitaine Villon. Ceux qui croiseront sa route ne sont pas en reste, que ce soit le grand Fèfè de Dieppe, au langage si singulier ; le Baptiste, maître canonnier de plus en plus mystérieux au fil du récit ; Sévère, unique femme à bord du Déchronologue ; Mendoza, le « méchant » à l’évolution frappante. Sans oublier les Targui, mystérieux pourvoyeurs des maravillas.

Le mélange récit d’aventure et SF est une réussite complète. Et si les premières lignes pourraient être considérées comme désamorçant tout suspense, il n’en est rien et on suit avec un intérêt toujours grandissant l’odyssée de Villon et ses compagnons.

Ma note sur Livraddict : 10/10

Au Sortir de l’Ombre

imageCette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été. Pour que chaque roman ait sa chronique, les retours seront aussi synthétiques que possible.

Au Sortir de l’Ombre par Syven, publié chez les Éditions du Riez.

L’accroche est la suivante :

Londres, 1889. La guilde d’Ae protège les aethrynes depuis des siècles pour qu’elles se consacrent à leur tâche : garder piégés dans leur ombre de sinistres monstres avides de massacre, les gothans. Lorsque la secte des némésis s’attaque à ces prêtresses, l’organisation est ébranlée par la traîtrise de plusieurs agents d’importance. Les traqueurs William, Christopher et Heinrich, qui sont chargés de la protection de lady Eileen pour une nuit, n’imaginent pas les enjeux de la chasse dont ils feront bientôt l’objet. Mais dans l’ombre d’Eileen, attentif, « Il » sait ce qui est sur le point de se jouer.

J’avais commencé à le lire à sa sortie en janvier 2011. Mais faute de pouvoir m’y consacrer, je l’avais laissé de côté, à mon grand regret. Là, j’ai pu le lire d’une traite.

J’ai donc redécouvert cet excellent roman prenant pour cadre le Londres de la fin du XIXe. Le style est fluide, raffiné, et sait se faire direct lorsque c’est nécessaire. L’ambiance du Londres by gaslight est fort bien rendue et on sent le travail de documentation effectué en amont de l’écriture. Le récit est haletant, les personnages bien campés (mention spéciale à Eileen et William, deux des héros les plus intéressants du roman) et les Gothans sont inquiétants et impressionnants à souhait.

On navigue entre récit de super héros (je n’y croyais pas quand je le lisais dans les reviews, mais c’est bien ça en fait) et roman fantastique, dans un cocktail détonnant et spectaculaire (car Syven sait faire dans le spectaculaire, ça je vous le dis). À noter la parution d’une version numérique (sans DRM) et d’une nouvelle qui se déroule dans la même univers : Curiosité malsaine (à retrouver chez Immatériel ou chez Feedbooks).

Un roman que je vous recommande chaudement !

Mais prenez garde de ne pas trop laisser errer les ombres quand vous le lirez…

Ma note sur Livraddict : 9/10

Les 10 livres que vous aimeriez lire cet été

Je pique l’idée à Lelf (enfin, c’est pas d’elle, mais du blog The Broke and the Bookish, qui a initié le Top Ten Tuesday, repris en français par Iani) : lister les 10 livres que j’aimerais lire cet été. Déjà, j’avais prévu de faire un été 100 % SFFF francophone, donc, voici les 10 livres que je vais lire cet été. Par choix, ils sont tous au format papier (il faut dire aussi que l’écran de ma liseuse – modèle Samsung E60 – réagit étrangement à la lumière du soleil…).

Vu que je vous propose à chaque fois l’accroche du roman et le pourquoi de mon choix, je vous laisse cliquer ci-dessous pour voir la suite (ça allégera la page d’accueil).

Lire la suite

Lire en numérique : traduction vs version originale

En lisant au début du mois un article sur la baisse de TVA sur les textes numériques, je me suis rendu compte qu’outre ce sujet, les articles que j’ai pu lire récemment traitaient des éditeurs, des libraires, d’apocalypses, de piratage, des auteurs, des lecteurs… Pourtant, un acteur majeur me semble oublié systématiquement : le traducteur. Que serions-nous sans lui ? Certes, il peut parfois être critiqué pour ne pas avoir suffisamment collé au style originel du texte qu’il nous conte dans notre belle langue, il n’empêche qu’une majeure partie des lecteurs ne pourraient s’en passer.

Cependant, avec le peu d’empressement de certains acteurs de l’édition traditionnelle à proposer une offre légale, déverrouillée et accessible, je m’inquiète pour les traducteurs. Pourraient-ils être les grands oubliés de la lutte pour démocratiser la lecture numérique ? Ceux que l’on n’évoque jamais (du moins je n’ai pas encore vu leur cas abordé, toute source à ce sujet sera la bienvenue) ?

Ce qui me fait peur pour eux, c’est l’offre légale francophone, en me basant sur ma littérature de prédilection : la SFFF. Naturellement, tout ceci est vu de façon relativement naïve, avec mon regard de non spécialiste, et mes conclusions pourraient paraître rapides, voire simplistes.

Je me suis amusé à comparer ce qui est disponible légalement, en version française et en version originale, avec les prix pratiqués (j’ai choisi de me baser sur Amazon pour les prix en VO lors de cette comparaison, si quelqu’un peut me diriger vers une librairie proposant des ebooks sans DRM en anglais, je suis preneur).

Tout est résumé dans le tableau suivant, où j’ai voulu cibler quelques cycles avec une certaine notoriété. J’aurais pu accroître cette liste, par exemple en me basant sur le récent top 100 des textes SFFF présenté
récemment.

 

VF

VO

Titre

Auteur

Nb. tomes

Prix total

DRM

Nb. tomes

Prix total

DRM

Assassin Royal – partie 1

Robin Hobb

6

89,94 €

OUI

3

13,06 €

OUI

Assassin Royal – partie 2

Robin Hobb

7

104,93 €

OUI

3

14,16 €

OUI

Aventuriers de la mer

Robin Hobb

9

134,91 €

OUI

3

13,17 €

OUI

Soldat Chaman

Robin Hobb

8

119,92 €

OUI

3

16,24 €

OUI

La Cité des Anciens

Robin Hobb

4

59,96 €

OUI

2

8,27 €

OUI

The Hunger Games

Suzanne Collins

1 (tome 1)

14,99 €

OUI

3

13,18 €

OUI

Cycle de Drenaï

David Gemmel

6

29,94 €

NON

11

62,29 €

OUI

Le Trône de Fer

G.R.R. Martin

Non disponible

4 (Bundle)

16,36 €

OUI

La Roue du Temps

Robert Jordan

Non disponible

13

61,28 €

OUI

Le Seigneur des Anneaux

J.R.R. Tolkien

Non disponible

1

13,80 €

OUI

Les Chroniques de Krondor

R.E. Feist

4

19,96 €

NON

Non disponible (???)

Cycle de Dune

Frank Herbert

Non disponible

6

30,71 €

OUI

La Tour Sombre

Stephen King

Non disponible

7

36,38 €

OUI

Je constate trois choses :

  • Certains éditeurs n’ont pas profité du passage au numérique pour revenir sur leur politique désastreuse de découpage des trilogies originales en plurilogies perdant de vue les titres originaux Ces mêmes éditeurs qui semblent baser leurs publications, non pas sur de nouveaux auteurs francophones, mais bien sur des traductions d’œuvres étrangères. Ont-ils bien conscience de l’énormité de leur erreur ? Quand je vois que l’intégrale (ou presque) française numérique de Robin Hobb coûtera au lecteur la bagatelle de 510 € (alors que l’ensemble est disponible en poche pour la moitié de cette somme rappelons-le), alors que l’anglophone ne devra débourser que 65 €, je me dis qu’il faudrait revoir cette politique de prix de façon urgente.
    Même constat pour la trilogie au succès forcément renouvelé sous peu avec son adaptation cinématographique : The Hunger Games. La trilogie originale moins chère que le premier tome français… En prime, c’est de la littérature jeunesse,donc a priori plus accessible. Ça pourrait parler à la « génération Harry Potter » (voir plus bas), non ?
  • Une partie des œuvres fondamentales du genre n’est toujours pas accessible en numérique au lecteur français. Est-ce un choix éditorial ? Un problème pour l’obtention des droits ? Il est quand même étonnant que Dune ou Le Seigneur des Anneaux ne soient toujours pas disponibles. Pour la Roue du Temps, la reprise récente par Bragelonne laisse entrevoir une lueur d’espoir pour des parutions régulières. Mais combien de lecteurs seront prêts à attendre plusieurs années quand l’intégralité de la saga est accessible en anglais ?
  • Le seul cycle que j’aie trouvé qui ne soit disponible en numérique que dans sa traduction française, et pas dans sa version originale, ce sont les Chroniques de Krondor. Étrangement, c’est l’un des seuls éditeurs à jouer vraiment le jeu dans son passage au numérique qui le propose, et sans DRM. Ah Bragelonne… C’est aussi chez Brage que le Cycle de Drenaï de David Gemmel arrive petit à petit en numérique, sans DRM, et à un prix moindre que la VO. CQFD ?

Potentiellement, on peut imaginer dès lors le manque à gagner pour les traducteurs avec le passage au numérique. Qui se tournerait vers une offre dont les prix sont complètement à côté de la plaque, avec des fichiers dopés aux DRM, et encore quand ceux-ci sont disponibles !

Certes on pourrait objecter à tout cela que lire en anglais n’est pas à la portée de tous et je le conçois bien volontiers. J’aimerais cependant rappeler l’engouement il n’y a pas si longtemps de centaines d’adolescents pour Harry Potter et qui sont allés lire en anglais pour ne pas devoir attendre la traduction des nouvelles aventures de leur sorcier préféré. Ces mêmes adolescents qui ont grandi un smartphone dans une main, une tablette dans l’autre. Ne risquent-ils pas de représenter demain une part (négligeable ? fondamentale ?) du lectorat numérique ? Quel choix feront-ils pour leurs lectures, eux qui ont déjà franchi le pas par le passé ?

Mesdames et messieurs les éditeurs traditionnels, souhaitez-vous les faire fuir vers la lecture en version originale, au risque d’asphyxier les traducteurs sans qui vos catalogues ne seraient pas ce qu’ils sont ? Ou pire, voir ces lecteurs potentiels se tourner vers des offres alternatives, en ne répondant pas à leurs attentes, en ne proposant pas les œuvres qu’ils aimeraient (peut-être) lire ?

Pour moi, le virage s’était déjà amorcé sur le papier, par envie de lire dans le style original de l’auteur bien sûr, mais aussi à cause d’une forme d’exaspération pour les découpages intempestifs de certaines sagas. Il va se poursuivre naturellement en numérique, les extraits proposés gratuitement dans certaines librairies permettant de se faire une idée du degré de difficulté avant achat.

Et vous ? Seriez-vous prêts à vous mettre à la lecture en anglais pour bénéficier d’une offre légale coïncidant avec vos attentes, pour pouvoir accéder aux textes que vous souhaitez lire ?

Nota bene : Je n’ai pas osé solliciter de traducteur pour rédiger cet article, mais si le hasard amenait l’un d’entre eux à me lire et qu’il souhaite s’exprimer sur le sujet, il sera le bienvenu.

Fantasy Tavern : Episode 0

Tonton Zordar évoquait il y a peu la naissance de Fantasy TV, télévision en ligne et en streaming de SFFF lancée par l’équipe de Fantasy.fr.

L’épisode 0 de Fantasy Tavern est en ligne, avec au programme des 78 minutes d’émission :

Invités :

-> Stéphane Marsan des Éditions Bragelonne.
-> Maxime Chatam, auteur de Thriller (La Promesse des Ténèbres, Autre-Monde : Malronce…)
-> Patrick Bauwen, auteur de Thriller (L’Oeil de Caine, Monster)
-> Henri Lœvenbruck, auteur de Fantasy et de Thriller (Les Cathédrales du vide, le Rasoir d’Ockham, la Moïra…)
-> Laurent Scalese, auteur de Thriller (Le Samouraï qui pleure, la Cicatrice du Diable, l’Empreinte Sanglante…)
-> Bernard Werber, auteur de Science-fiction (Les Fourmis, l’Arbre des Possibles, le Miroir de Cassandre…)
-> Erik wietzel, auteur de Fantasy (Elamia, les Dragons de la Cité Rouge…)
-> Pascal Pinteau, auteur de Effets spéciaux : Un siècle d’histoires et Rédacteur en chef de Effets-speciaux.info

Chroniqueurs :

-> Emmanuel Beiramar, Rédacteur en chef de Fantasy.fr
-> Philippe Touboul, grand spécialiste du comic-book (Arkham Comics)
-> Antoine Lelièvre, libraire sur Fnac.com

Principaux sujets abordés dans cet épisode :

-> Les 10 ans des Éditions Bragelonne.
-> Les parutions 2010 des Éditions Bragelonne.
-> La Ligue de l’Imaginaire.
-> Actualités des membres de la Ligue.
-> Les Effets Spéciaux d’Avatar de James Cameron.

Je n’ai pas encore eu le temps de visualiser l’émission, mais le format semble prometteur !

Codex Poeticus : Le Volume Athématique

Il se sera fait attendre (notamment à cause du temps qu’il m’a fallu pour envoyer ma bio…), mais le voici enfin disponible : le Volume Athématique du Codex Poeticus !

Au sommaire, pas moins de 17 poèmes à déguster sans modération, dont le Naufrage de votre serviteur.

Et ce numéro revêt une saveur toute particulière, puisque vous y trouverez la première illustration publiée de ma Douce Winifred, pour le poème Poupée Rubis. Je suis hyper fier d’elle !

Comme d’habitude, deux liens pour télécharger ce numéro, que je vous conseille en version PPS pour sa convivialité :

PPS : http://www.divshare.com/download/10081865-13d

PDF : http://www.divshare.com/download/10081765-dc6

Codex Poeticus : Songes des Chimères

Une sortie de première importance que j’avais ratée début octobre (honte à moi), celle du deuxième numéro thématique du Codex Poeticus, intitulé Songes des Chimères.

Au sommaire, huit visions des Chimères, huit approches de leur nature profonde, de leur naissance. Parmi celles-ci, on trouvera mon premier calligramme !

  • « Croisée Chat » par Audrey Megia
  • « Chimère d’écailles et de chairs » par Elisabeth Lonnie
  • « Calligramme un brin nucléotide » par Nicolas B. Wulf
  • « Combats intérieurs » par Oscar Viguier
  • « Trinitude » par Scylliane Mohan
  • Un haïku par Béryl Asterrel
  • « De l’origine des monstres » par Floriane Alavoine
  • « Sladvales’rahg » par Clément Potier

La maquette est toujours aussi géniale à parcourir, les textes sont d’une belle qualité et les illustrations sont vraiment très réussies !

A grand bravo à toute l’équipe éditeurs/illustrateurs/auteurs.

Pour vous plonger dans l’univers de ces créatures hybrides, cliquez sur la couverture ci-dessus et téléchargez la version au format PPS (plus sympa avec la musique) !