Les lectures oubliées de 2013 : les lectures numériques

Je me rends compte qu’un certain nombre de lectures de cette année n’ont pas eu le droit à une chronique. Alors plutôt que de ne pas en parler, ou d’écrire dans un futur indéterminé une hypothétique chronique, je vais faire de rapides retours de lectures.

Deuxième épisode : les lectures numériques de cette année 2013.

L’Entre-Monde, tome 1, par Charlotte Charpotentre-temps-1-charlotte-charpot.jpg

C’est étrange comme les choses peuvent ne plus paraître très claires un an après une lecture. Je conserve l’impression d’une lecture agréable, invitant à lire le tome 2 (qui est dans ma PAL démesurée). Pourtant en vérifiant sur Livraddict, je n’ai noténoté ce premier tome qu’à 12/20. Il faudra que je reprenne cette histoire d’incarnations multiples car son potentiel continue à m’intéresser et vu que j’avais bien aimé son Rec, Stop and Play, je pense que je n’étais pas de bonnes dispositions quand je l’ai lu.

toxic-2-stephane-desienneToxic, épisodes 2 et 3, par Stéphane Desienne

La série Toxic, mêlant invasion E.T. et survival horror sous fond d’épidémie zombie, j’avais accroché dès le premier épisode. J’avais trouvé la partie SF plus qu’attractive et la partie zombie classique sur le coup, moins avec du recul (et quelques dizaines d’épisodes de Walking Dead à la TV et en BD).

La suite de la série confirmerait-elle mon impression première ?

toxic-3-stephane-desienneElle le fait au-delà de mes espérances. Ces deux épisodes renforcent l’intérêt que l’on porte aux parties où l’on suit les E.T., mention spéciale pour Jave, aux motivations pas toujours très claires. Mais surtout, ce sont les humains qui gagnent en consistance dans ces deux épisodes. On s’attache réellement à eux et leur lutte pour la survie nous tient en haleine.

Les épisodes 4 et 5 m’attendent encore et le final de cette première saison (c’est l’excellente nouvelle : ce n’est que la première saison) devrait paraître sous peu.

Un de mes coups de cœur de l’année 2013 assurément. Une série que je vous conseille de découvrir (le premier épisode est toujours gratuit).

chalk-1-freddy-woetsChalk, épisode 1 : Enfin lâche !, par Freddy Woets

L’histoire d’un rendez-vous manqué je pense. Sur le papier, cette série de fantasy urbaine teintée d’informatique, avec un ton désabusé, avait tout pour me plaire. Mais je ne suis malheureusement pas entré dans ce premier épisode. Je n’ai peut-être encore une fois pas dû choisir le bon moment pour le lire.

Certes, j’ai trouvé l’ensemble intrigant, mais pas suffisamment pour me ruer sur la suite. Les bases restent cependant assez attirantes pour que je sois prêt à donner sa chance à cette série. J’ai pu voir des avis très positifs la concernant, donc je pense que ça vaut la peine de se plonger dans les épisodes suivants. J’ai d’ailleurs par la suite acheté son intégrale, qui m’attend sur ma liseuse. À savoir : ce premier épisode est gratuit, alors tentez le voyage.

brigade-des-loups-1-lilian-peschet.jpgLa Brigade des Loups, épisode 1, par Lilian Peschet

Un pitch original, un style percutant. Le mélange polar/fantastique prend bien. L’univers uchronique se met en place et nous intrigue. Un bon épisode de présentation donc, peut-être trop court du fait d’une narration alternant les points de vue. Il est ainsi difficile de s’attacher aux personnages sur une lecture aussi brève, mais l’hameçon a pris malgré cela. Une série que je vais suivre avec plaisir durant cette nouvelle année de lecture. Le premier épisode est gratuit, les épisodes 2 et 3 sont déjà disponibles. N’hésitez pas à plonger dans les sombres recoins de Budapest.

Voilà pour les quelques lectures numériques dont je n’avais pas encore parlé cette année. Il me restera encore à revenir sur les lectures papiers de 2013 qui n’ont pas eu la chance d’être chroniquées par manque de temps. Pour le moment, j’en profite pour vous souhaiter un bon passage en 2014, que la créativité et l’inspiration guident vos plumes dans les corridors de l’Imaginaire et aiguillent vos découvertes dans les librairies numériques et physiques !

Antarktos ~ Paul Adrien Jellsen

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1958.

La Seconde Guerre Mondiale est terminée depuis sept ans et le Reich ne s’est écroulé qu’au prix d’une guerre nucléaire et bactériologique dévastatrice. Le monde vit maintenant dans une paix relative, mais tendue. Depuis deux ans, d’étranges engins volants de forme circulaire ont été aperçus du ciel de l’Ouest américain jusqu’au Pôle Sud. Personne ne connait l’origine de ces soucoupes volantes mais l’on redoute qu’une résistance nazie ait pu survivre à l’abri des regards. Une expédition est alors dépêchée en Antarctique pour découvrir la vérité dissimulée derrière ces étranges appareils.

Vous incarnez un ancien pilote de bombardier nucléaire en poste en Antarctique. Engagé dans une aventure qui vous dépasse, vous allez explorer les tréfonds d’une base mystérieuse prise dans les glaces du Pôle, peuplée de menaces terrifiantes et innommables.

Parviendrez-vous à sauver vos compagnons d’infortune et à fuir cet enfer blanc ?

Après la déception confirmée par la relecture du LDVELH Le Vaisseau du Temps, je me suis replongé dans cette autre production de Walrus que j’avais bien aimée à ma première lecture, mais que je n’avais pas trouvé le temps de chroniquer ensuite. Il est donc grand temps de m’y mettre, surtout que je viens de le relire.

D’emblée, l’introduction peut se dérouler de deux façons différentes. Autant dire que la sensation de liberté est tout de suite présente. On arrive dans les deux cas au même point, mais en n’ayant pas fait les mêmes rencontres. Une fois notre bonne vieille Martha décollée, bien sûr, les ennuis vont commencer.

Par la suite, on a la possibilité de se comporter courageusement et d’avancer toujours plus loin dans l’aventure, mais on peut également choisir d’être le pire des couards et aboutir à des fins non mortelles vantant notre ô combien pitoyable attitude. L’une des celles-ci m’a d’ailleurs bien fait rire puisque l’auteur nous propose soit d’accepter cette fin pitoyable et de refermer le livre, soit de reprendre à un point qu’il a choisi. Car l’auteur a pensé à placer deux ou trois « points de sauvegarde » permettant de ne pas reprendre l’aventure depuis son tout début. Très bonne idée de sa part puisqu’il y a des paragraphes par lesquels on passera forcément à un moment donné.

Quand nous sommes dans la mystérieuse base, j’ai été sincèrement surpris car là aussi les chemins sont multiples pour explorer ce donjon moderne. Car c’est un peu de cela qu’il s’agit. Mourir criblé de balles, reprendre au moment de l’arrivée à la base, choisir un chemin alternatif, se terrer, fuir, errer, progresser sur une voie totalement différente pour retrouver un des moments déjà vécu lors d’un trajet totalement autre est grisant je trouve. Les pièges sont nombreux, les surprises également. Plusieurs scènes m’étaient restées en mémoire et les revivre m’a fait penser « Ah oui, c’était dans lui cette scène-là ! ». Celle de ma cuisine par exemple. La dernière partie de l’exploration est vraiment excellente, avec une ambiance horrifique bien rendue.

Le style est efficace et l’auteur n’hésite pas à user du second degré pour se moquer gentiment de nous dans certaines situations (les fins pitoyables en sont un bon exemple).

Un léger bémol cependant car si on trouve des petites illustrations dans le corps de certains paragraphes, elles ne sont pas assez nombreuses à mon goût et il manque des illustrations pleines pages pour parfaire l’immersion déjà très réussies. Quand je vois le résultat dans Plongée sur R’lyeh, je me dis que ça en vaut vraiment la peine.

J’ai passé un excellent moment à rejouer cette aventure, qui propose une bonne rejouabilité, ce qui accroît aussi bien le plaisir de jeu-lecture que la durée de vie de ce LDVELH. En prime, il se termine d’une façon qui laisse penser qu’il y aura une suite. Je serai de ceux qui la joueront !

Verdict : Difficulté 13/20 (plusieurs situations mortelles, mais avec un peu de jugeote on peut les éviter) et Intérêt : 16/20 (notamment pour le final !).

Antarktos par Paul Adrien Jellsen, chez Walrus

4,99€ et sans DRM dans toutes les bonnes librairies numériques

La Boîte de Schrödinger, Expérience 1 ~ Michael Roch

9782363761798Qu’y a-t-il dans la Boîte ? Dans celle de Michael Roch, il y a de vieux inspecteurs de police en prise avec des forces occultes et mystérieuses, il y a des asiles d’aliénés qui cachent des secrets impossibles à révéler. Il y a aussi des visions, certainement provoquées par des soirées arrosées mais… les visions ont-elles l’habitude de mordre si fort ? Ici des paysages souterrains et urbains se peuplent de créatures terrifiantes et de peurs ancestrales. Sortir le soir d’Halloween ? Pourquoi pas, si vous aimez les monstres hargneux… De fait, il y a toutes sortes de choses dans la Boîte. Oserez-vous l’ouvrir ?

Nouvelle découverte via Adopte un Auteur, voici un autre recueil de la collection la Boîte de Schrödinger, après celui de Jacques Fuentealba, publié par Walrus. Les “Expériences” sont plus courtes que les saisons (environ le tiers de la longueur). C’est donc Michael Roch que j’ai choisi d’adopter, un choix que je ne regrette aucunement.

Son recueil, et c’est suffisamment rare pour être relevé, présente huit nouvelles qui m’ont presque toutes vraiment emballé à la lecture. Est-ce dû au format court du recueil qui limite le nombre de textes ? Peut-être un peu, car les genres abordés sont moins variés, mais c’est surtout lié au style très fluide dont fait preuve l’auteur.

Le triptyque d’ouverture nous permet de suivre les aventures d’André Despérine, personnages qui aurait pu mériter un plein recueil de nouvelles tant il m’a paru sympathique. Des enquêtes qui ne manquent pas d’humour d’ailleurs. Il va s’en dire que ces trois nouvelles se suivent et sont liées entre elles. J’ai beaucoup apprécié ces enquêtes complètement décalées. Une superbe réussite d’entrée.

Dans la seconde partie du recueil, intitulée Antériorités, deux nouvelles dont un chouette Pathologie, jouant autour du thème classique de la surenchère entre amis se racontant des histoires. Et Deux francs, bien que l’on comprenne rapidement ce qui se passe, est tellement bien menée que je lui pardonne sa conclusion téléphonée.

La troisième partie du recueil, Urbanités, s’ouvre sur Du sang, et de la salive, qui nous place aux côtés de Gaspard, un gars avide de violence qui doit rejoindre sa famille pour le réveillon. Une nouvelle très courte, mais au style direct pas désagréable. La nouvelle suivante, Sous la ville, est l’un des moments qui m’ont le plus enthousiasmé du recueil (juste après les d’ores et déjà indispensables enquête d’André Despérine bien sûr). Tout commence par une soirée d’Halloween, et se termine par… Je vous laisse le découvrir. J’ai beaucoup aimé la façon dont est mené le récit. Ces allers-retours entre les deux temps où il se déroule intriguent et donnent constamment envie de poursuivre sa lecture. La gradation vers le fantastique et l’horreur est bien gérée. Une belle réussite en partant d’une situation initiale peu emballante (mais c’est là le propre d’un bon auteur que de partir d’un thème banal et de le mener de façon originale). La dernière nouvelle Le gnome de Mexico marque peu après ce voyage sous la ville, peut-être la nouvelle qui m’a un peu moins plu que les autres sans pour autant être désagréable à lire.

Adopte un Auteur se révèle une fois de plus être un excellent biais pour découvrir de nouveaux auteurs. Que ce soit Jacques Fuentealba ou ici Michael Roch, ce sont deux belles découvertes que je viens de faire. Leurs autres titres seront forcément attractifs après ce premier contact. N”hésitez pas à les découvrir vous aussi !

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Michael Roch, un auteur à adopter

La Boîte de Schrödinger, Saison 2 ~ Jacques Fuentealba

Cela faisait pas mal de temps que je souhaitais lire un ouvrage de Jacques Fuentealba, diverses critiques de son Émile Delcroix et l’ombre sur Paris m’ayant intrigué, tout comme ses micro-nouvelles que l’on peut lire au gré des réseaux sociaux ou dans La Fabrique de Littérature Microscopique. Le tout nouveau concept d’Adopte un auteur m’a donné l’occasion rêvée de me plonger de ce recueil de nouvelles fantastiques publié par Walrus.

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Vous ne trouvez pas qu’il y a dans l’air comme une odeur de fantômes, de monstres, de bizarreries, de vampires et d’apocalypses en tous genres? Oui, c’est bien ce que je me disais! Voici donc la nouvelle saison de l’OVNI littéraire made in Walrus: la Boîte de Schrödinger est de retour pour une nouvelle saison, avec aux manettes le formidable auteur d’ « Émile Delcroix » précédemment publié chez Walrus, Jacques Fuentealba.

« La Boîte de Schrödinger » se veut devenir, toute proportion gardée, l’équivalent textuel de ce que « La Quatrième Dimension » fut pour la télévision il y a quelques dizaines d’années, à savoir un formidable laboratoire de scénaristes, de conteurs, d’auteurs et d’inventeurs. Des auteurs aussi célèbres que Richard Matheson, entre autres, ont travaillé d’arrache-pied à faire de cette série télé la référence en matière de Fantastique. La Boîte de Schrödinger, à sa hauteur, veut prolonger l’héritage, et offre donc aux auteurs désireux d’en être la possibilité de travailler à leur propre saison, avec leurs propres épisodes, dont chacun portera sa patte, son univers propre. En donnant un nouvel éclairage à ce genre injustement boudé qu’est la nouvelle, nous espérons ouvrir la voie à de nombreuses suites. La seule contrainte: proposer au lecteur des univers étranges, décalés, bancals, où le fantastique, la peur et l’extraordinaire surgissent dans notre quotidien pour ne plus jamais nous laisser en paix!

Comme toujours, même lorsqu’un seul auteur tient la plume, la critique d’un recueil de nouvelles est un exercice très particulier, et je vais faire de mon mieux.

Parmi les 21 nouvelles de cette Boîte de Schrödinger, il y a celles qui marquent indéniablement.

L’École de la vie déjà, certes à la thématique pas très originale, mais dont le style accroche rapidement le lecteur. Et puis l’évolution de la nouvelle n’est pas inintéressante.

Les Pluies du crépuscule, qui offre un traitement original au récit de super-héros.

L’Appel du cor, avec son aspect très progressif (quasiment au sens musical du terme) qui nous entraine aux côtés du narrateur jusque dans une folle cavalcade.

Indicible, l’une de mes nouvelles favorites du recueil, qui met en scène des versions francisées des plus fameux auteurs d’horreur anglo-saxons. Savoureuse.

Les Monstres, autre récit de super-héros se déroulant dans le même univers que Les Pluies du crépuscule (à quand un texte plus long dans celui-ci Jacques ?), avec une infiltration nerveuse à l’esprit très cyberpunk.

L’Ermite, au final savoureux de dérision.

Le métadragon, là aussi hilarante. L’idée est tout bonnement géniale. Une belle façon de tourner en dérision l’un des classiques du récit héroïque.

Trop de paperasse ! Sympathique nouvelle de SF à la conclusion pleine d’humour noir.

L’Accordeur de Miroirs revisite l’image du vampire et ses origines, à la façon d’un récit mythologique. J’adore.

Et puis La Troisième Voie, et sa structure poétique. Superbe ouverture de la cinquième partie du recueil, consacrée aux Apocalypses. Certainement la partie qui m’a le plus emballé, l’apothéose du recueil. La Puissance destructrice du mythe est une quête de la vérité, face à la régression de l’humanité, ouvrant sur une terrible révélation. Sous des cieux de flammes et de cendres… voit la Terre se consumer littéralement, envahie par des créatures de feu.  Les moins qu’humains, malgré quelques poncifs dans les noms des personnages, nous présente une humanité au-delà de l’agonie. Sera-t-elle finalement sauvée ?

Et se conclure par ce génial Épilogue qui m’a instantanément fait penser à la série Thursday Next de Jasper Fforde. Superbe façon d’en finir avec ce recueil, avec une nouvelle qui parlera aux lecteurs et aux auteurs.

Le reste du recueil est de bonne facture, malgré deux ou trois nouvelles peu marquantes, et le style de Jacques Fuentealba nous aide à nous délecter de ces textes. Un bémol cependant pour la nouvelle qui ouvre ce recueil, Ghost Dance, dont la thématique est intéressante mais avec un traitement que j’ai trouvé trop longuet, et une certaine lourdeur inhérente à un récit mettant en jeu des Indiens, avec des noms à rallonge qui surchargent la lecture. Mais il était difficile de faire autrement en même temps. Il faudra juste que le lecteur ne s’arrête pas à cette entame de recueil, car il raterait de bien bons moments par la suite.

Au final, un très bon recueil de nouvelles fantastiques, varié aussi bien dans les styles que dans les genres, avec des textes majoritairement marquants. À découvrir sans hésitation.

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Jacques Fuentealba, un auteur à adopter.

Jésus contre Hitler, épisodes 1 à 3 ~ Neil Jomunsi

Le vendredi, sur les réseaux sociaux, c’est le jour de VendrediLecture, excellente initiative vous proposant de gagner des livres en partageant vos lectures. Alors quel meilleur jour dans la semaine pour vous parler de mes dernières lectures (pas toujours les plus récentes) ?

Cette semaine, je vais vous présenter une série que j’ai lue lors de la seconde moitié de 2012 et dont j’ai parlé régulièrement sur ce blog sans jamais la chroniquer : Jésus contre Hitler, écrite par Neil Jomunsi (à qui l’on doit notamment La Bilbliothèque Infernale et Menu Cthulhu, les deux Livres dont Vous Êtes le Héros qui ont remis le genre au goût du jour dans l’édition numérique, ainsi que Moi Bobby Bébé Zombie). 3 épisodes sont parus à ce jour et constituent la première saison de cette série publiée par Walrus.

Épisode 1 : Zombies nazis en Sibérie

jesus-contre-hitler-01Sibérie, fin des années 60. Grâce à la magie noire, le sinistre Adolf Hitler est de retour, plus dément que jamais. Son plan? Ressusciter le plus de cadavres possible et constituer une armée de zombies nazis invincibles! Pour certains, il s’agirait de la Fin du Monde. Pour d’autres, c’est simplement le début d’une nouvelle journée de travail. Car John J. Christ, chef de l’Agence B, connait bien le problème: il a plus d’une fois affronté le petit moustachu hystérique et sait comment déjouer ses plans démoniaques.

À l’aide de son nouveau coéquipier David Goldstein, qui se demande bien pourquoi on a absolument tenu à l’incorporer dans cette unité délirante, John va faire ce qu’il sait faire de mieux: botter les fesses des créatures de cauchemar, des monstres des abysses, des esprits frappeurs et autres méchants en tout genre. Ha oui, on ne vous avait pas dit? John J. Christ n’est autre que Jésus, le seul, le vrai, l’unique. Et il est en colère.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas un récit qui va se prendre au sérieux. Et ça fait du bien ! C’est bien écrit, ça va vite, très vite. Une ambiance de série B assumée, avec des dialogues qui font mouche et des personnages bien campés. Ce premier épisode est l’occasion de poser les bases de la série, de faire connaissance avec l’Agence B, David, John et même un certain “petit moustachu hystérique”. L’occasion de rappeler que l’on peut rire de tout.

L’action est au rendez-vous et la part belle est réservée à l’humour… noir bien entendu ! Une lecture à ne surtout pas prendre au premier degré (de toute façon comment pourrait-on le faire ?) et rien ne vous retiendra de découvrir cette série, puisque ce premier épisode délirant est GRATUIT ! Et puis ce final… Bref, on en redemande et ça tombe bien pour ceux qui découvrirait aujourd’hui car il y a encore 2 épisodes derrière.

Épisode 2 : Tentacules en folie

jesus-contre-hitler-02Vous connaissez Cthulhu ? Pour vous, il ne s’agit peut-être que d’une création imaginaire de H.P. Lovecraft. Mais John J. Christ, lui, le connait bien : c’est une vieille connaissance. Alors, lorsque le démoniaque dieu poulpe décide de se réveiller pour semer la terreur sur la planète, il faut agir et vite ! David Goldstein, le fidèle bras droit de John, ne le sait que trop bien: depuis peu, les rêves du militaire sont peuplés de créatures de cauchemar. Y aurait-il un lien avec l’Apocalypse à tentacules en préparation ? C’est ce que nos deux comparses découvriront. Mais pour mener à bien cette mission, il leur faudra de l’aide. De l’aide hautement qualifiée…

Ce deuxième épisode c’est, comment dire… mon préféré des 3 ! Déjà pour le sujet, le ton employé et pour les idées qui foisonnent dedans (cette aide “hautement qualifiée” et son environnement, j’adore). On y retrouve la sauce cocktail au bon goût de série B du premier épisode, mais en plus développé, prenant un peu plus le temps de poser les choses. Il faut dire que ce second épisode est deux fois plus long que le premier.

Là aussi on dévore le récit sans se prendre la tête, toujours accompagné par l’humour pas toujours du meilleur goût, mais tellement délectable, inhérent à ce type d’histoire. Il va sans dire que si le premier épisode vous avait convaincu, celui-ci vous confirmera votre attachement à la série. Sinon, cette autre façon d’aborder le conflit entre Jésus et Hitler (car on se doute qu’il finira par faire son apparition), respectant malgré ses délires l’esprit des récits lovecraftiens (dont Neil est un grand fan), pourra vous accrocher. Surtout que dans mon souvenir (lu en octobre dernier, ça commence à dater), il y avait un peu moins de passages nawak dans cet épisode-ci.

Bref, on continue à en redemander et ça tombe bien parce que…

Épisode 3 : Heil Yéti !

jesus-contre-hitler-03Le Tibet est une terre pleine de mystères et Lhassa — sa capitale — une ville qui renferme de lourds secrets. Et c’est un véritable nid de vipères qui attend John J. Christ et David Goldstein à leur arrivée: il leur faudra aussi bien composer avec les troupes chinoises qu’avec des créatures beaucoup plus coriaces… et poilues! Car ici, au pied des imposantes montagnes de l’Himalaya, le Yéti n’est pas qu’une vieille légende servie aux touristes en mal de sensations fortes.

Le troisième épisode des aventures de John J. Christ et David Goldstein entraîne nos héros sur les traces d’une conspiration ésotérique dont les conséquences pourraient bien être catastrophiques. Et il va de soi que lorsqu’il est question d’Apocalypse, Adolf Hitler n’est jamais loin. Les deux hommes d’action de l’Agence B devront déjouer tous les pièges tendus, éviter les embûches et les cadavres, jusqu’au final à couper le souffle!

Nouvelle Apocalypse en vue ! Et cette fois-ci, c’est au Tibet que John et David vont devoir se rendre. La série ne fait que se bonifier au fil des épisodes (même si comme dit plus haut, je garde ma préférence pour Tentacules en folie) et celui-ci montre une meilleure maîtrise encore du récit. On se rapproche dans l’esprit d’un bon vieux Indiana Jones (un mix entre les Aventuriers de l’Arche Perdue – la partie au Népal – et le Temple Maudit), à la sauce Neil Jomunsi. Là encore, j’ai senti une sorte d’hommage à ces films d’aventure fantastique derrière le texte, sans pour autant sombrer dans le pastiche, loin de là.

L’humour reste naturellement omniprésent, certaines rencontres étant destinées à devenir culte ! Et la présentation de l’éditeur ne nous ment pas en annonçant un “final à couper le souffle”. Il l’est littéralement. Un sacré final, qui nous fait attendre la seconde saison avec une impatience non feinte.

Au bilan, une série comme on aimerait en voir plus souvent, mêlant pulp et série B, hyper référencée, un pur moment de bonheur geek. De quoi se détendre, tonifier ses zygomatiques et cesser de réfléchir le temps d’une lecture, en se laissant porter par les aventures épiques des deux agents de l’Agence B !

Comment, vous n’êtes pas déjà en train de télécharger le premier épisode gratuit ?

En ce vendredi plein de Follow Friday sur Twitter, je vous invite à suivre Neil Jomunsi /@NeilJomunsi et Walrus /@studiowalrus qui publie cette série géniale.

Et vous, que lisez-vous en ce vendredi ? Partagez donc votre lecture sur les réseaux sociaux dans le cadre de VendrediLecture !

Trois lectures 100% numériques

Le vendredi, sur les réseaux sociaux, c’est le jour de VendrediLecture, excellente initiative vous proposant de gagner des livres en partageant vos lectures. Alors quel meilleur jour dans la semaine pour vous parler de mes dernières lectures (pas toujours les plus récentes) ?

Pour cette deuxième édition, ce sera du 100% numérique avec du légendaire, du bébé zombie et encore du zombie (mais pas que…).

Mélanie au Crépuscule ~ Sozuka Sun

melanie-au-crepuscule-sozuka-sunLa vie n’est pas facile pour Mélanie.

Pourtant, celle de la petite Crépuscule est pire : bannie du Jardin des Dieux à cause d’une sombre prophétie.

Mais quand deux destins contrariés s’entrechoquent, il en ressort parfois quelques éclats de talent !

Voici ma première lecture de Sozuka Sun, sympathique auteur de SFFF rencontré sur Twitter.

Cette nouvelle, l’auteur me l’a gentiment offerte. Ceci étant posé, je peux vous donner mon avis en toute sincérité.

J’ai bien aimé ce texte, qui mêle deux récits qui finissent par fusionner : celui de Mélanie, jeune femme souffrant de diabète et qui ne parvient pas à reprendre son corps en main, et celui de Crépuscule, exclue par les siens car une prophétie la désignait comme source de malheur pour le Jardin des Dieux. Cette partie de la nouvelle est d’ailleurs celle qui m’a le plus convaincu, elle qui est déclamée à la façon des textes mythologiques.

Une lecture agréable (avec cette conclusion !) qui me donne envie de découvrir davantage la plume de son auteur avec les autres nouvelles qu’il a publiées.

Moi Bobby Bébé Zombie ~ Neil Jomunsi

moi-booby-bebe-zombieLe petit Bobby est un bébé tout ce qu’il y a de plus bête: rien ne le prédestinait à devenir une légende.

Pourtant, terrassé par la piqure d’un moustique mutant, le voilà devenu le premier bébé zombie de l’Histoire !

Avec Papa d’abord, puis avec Maman, l’épidémie s’étend… et si la petite famille allait déjeuner en ville ?

Je savais déjà que Neil Jomunsi était un grand malade, mais là il fallait oser. Raconter une histoire construite comme un album illustré pour enfant, mais nous relatant une épidémie à la mode zombie. Je regretterais essentiellement la brièveté de l’ensemble avec seulement 22 pages en mode album illustré, donc peu de texte.

J’ai bien aimé le concept. L’ensemble s’il est sympathique, presque mignon dans cette originale vision du récit de zombie, manque quand même de contenu et est à prendre pour ce qu’il est : une expérience littéraire qui pourrait ne pas vous laisser indifférent. Malgré tout, appréciant le talent et la créativité de Neil (il faudra vraiment que je vous parle de son Jésus contre Hitler lors d’un prochain numéro des Lectures), je reste un peu sur ma faim…

Toxic – Épisode 1 : Homo-putridus ~ Stéphane Désienne

9782363761880Si seulement les morts-vivants avaient été le seul problème de l’humanité… La race humaine tente vaille que vaille de survivre au sein de poches de résistance dispersées. La Terre n’est plus qu’un vaste champ de ruines aux ressources de plus en plus rares. Pour en arriver à un tel cauchemar, notre monde aura dû affronter deux fléaux: un virus inconnu et dévastateur a d’abord décimé la population — la transformant en hordes de zombies — puis débarquèrent des étoiles ceux qui auraient pu être les sauveurs : une armada extra-terrestre. Hélas, pour ces aliens, les hommes ne sont que du bétail dont la chair est un mets des plus appréciés outre-espace… à condition qu’ils ne soient pas contaminés! Car transformés en morts-vivants, les humains n’ont plus aucune valeur. Depuis son Q.G. de Dubaï, Naakrit dirige les opérations qui feront de lui un alien riche : collecter des humains sains et en gérer l’exportation pour ses clients. Mais avant d’amasser sa fortune, il devra composer avec deux problèmes épineux: Jave, un émissaire venu surveiller son activité, et la prolifération du virus zombie qui menace ses capacités d’approvisionnement. Pendant ce temps, un groupe d’humains cherche à échapper aux zombies et aux extraterrestres. Bien malgré elle, Elaine, une infirmière au caractère bien trempée, endosse le rôle de meneur. Autour d’elle, des hommes et des femmes perdus dans un monde sans repère: Masters est un colonel de l’armée US, Alva une ex-starlette. Bruce est étudiant en biologie, et Hector un ancien dealer colombien tout juste sorti de prison. Et puis, il y a Dew. Un adolescent muet — peut-être autiste — dont personne ne sait rien. Tous sont bien décidés à reprendre le destin de leur planète en mains. Mais quel espoir peut bien guider ceux qui survivent au milieu de cet enfer ?

Wahou ! Quel pitch !

Ce premier épisode signe une bien bonne entrée en matière. J’ai beaucoup aimé la partie SF et ses potentiels enjeux. La gestion des aliens et du problème plus qu’épineux que constitue la contamination des humains est excellente, et présage du meilleur pour la suite de la série !

La partie survival-horror, si elle reste sympathique à lire, m’a moins entrainé. Au moment de lire ct épisode, j’étais un peu novice sur ce type de récit et j’avais l’impression de lire des scènes “classiques” du genre.

Avec le recul (et quelques épisodes de The Walking Dead dans les mirettes), je nuance un peu. Certaines scènes sont vraiment chouettes a posteriori car sortent un peu de l’ordinaire finalement. J’attends néanmoins plus à ce niveau pour la suite (mais je suis persuadé que l’auteur nous prépare de belles surprises en la matière). Après tout c’est un épisode d’exposition.

À noter : ce premier épisode est gratuit dans toues les librairies numériques ! Alors n’hésitez pas à découvrir. L’épisode 2 est déjà paru et attend dans ma tablette que je trouve le temps de le lire. J’entends gratter et grogner à chaque fois que je passe à proximité d’elle…

Et en ce vendredi plein de Follow Friday sur Twitter, je vous invite à suivre les auteurs de ces textes : Sozuka Sun / @sozukasun ; Neil Jomunsi /@NeilJomunsi et Stéphane Désienne / @DesienneAuteur, ainsi que Walrus /@studiowalrus qui publie Neil et Stéphane.

Et vous, que lisez-vous en ce vendredi ? Partagez donc votre lecture sur les réseaux sociaux dans le cadre de VendrediLecture !

Les Spectres-Pirates

image Brève chronique de ce court roman fantastique de William Hope Hodgson, publié en 1909 et traduit pour la première fois en 1928.

Jessop décide d’embarquer à bord d’un voilier à San Francisco. Un voilier qui, lors du précédent voyage, a été abandonné par tous les matelots sauf un. Que s’est-il réellement passé ? Jessop ne le sait pas encore mais il va être le témoin d’événements particulièrement étranges, terribles et hors de tout contrôle.

C’est un très bon récit fantastique, bien mené. La pression monte crescendo jusqu’au final pas loin d’être épique (ça ne m’étonnerait pas qu’il ait inspiré une certaine scène du Retour du Roi…). Certaines scènes sont formidables, notamment celles se passant le long des mâts, mémorables. Malgré son « grand âge », le texte garde une certaine modernité dans le style (du moins pour cette traduction de 1928) et la précision avec laquelle l’auteur dépeint chaque partie du navire au fil du récit est très immersive. Ses huit années dans la marine maritime se ressentent fortement à la lecture et c’est tant mieux.

En conclusion, une bien belle découverte et un auteur dont j’ai envie de connaître davantage l’œuvre. Lovecraft ne tarit d’ailleurs pas d’éloges à son sujet dans son Épouvante et surnaturel en Littérature. Clark Ashton Smith et Jean Ray avaient également été fortement marqués par certains aspects de l’œuvre de W. H. Hodgson. Deux de ses romans sont considérés comme des chefs d’œuvres, le premier en fantastique, le second en SF (dont il est même considéré comme un des précurseurs avec ce monde futuriste où le soleil est mort) : La maison au bord du monde (1908) et Le pays de la nuit (1912). Malheureusement, je n’en ai pas encore trouvé de version numérique en français (mais on peut trouver des intégrales en anglais par contre).

Accessoirement, cette édition que l’on doit à Numeriklivres propose en bonus un extrait de Par-delà l’océan (toute la première partie, correspondant à la nouvelle Esprits Racines).

Ma note sur Livraddict : 16/20

Les Nécrophiles Anonymes – Tome 1 : Quadruple Assassinat dans la rue Morgue

Lue depuis quelques temps maintenant, voici enfin ma chronique de cette novella de fantastique contemporain, qui ouvre la série Les Nécrophiles Anonymes, de Cécile Duquenne, publiée par les Editions Voy’el et disponible en numérique chez Bragelonne.

Népomucène, préposé à la Morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d’environ 150 ans d’âge. Lorsqu’il manque devenir la cinquième victime d’un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l’enquête. L’immortel est certain qu’une autre créature surnaturelle a commis le massacre.
Ainsi commencent les aventures des Nécrophiles anonymes.

Cécile Duquenne, je suis son travail depuis de nombreuses années, mais c’est là le premier de ses textes finalisés que j’aie l’occasion de lire.

Et je me suis régalé avec ce texte court, aux personnages fort bien dépeints et d’une truculence tout à fait savoureuse. Format court oblige, l’action se passe très vite, mais n’empêche pas d’explorer la relation ambiguë entre les deux principaux protagonistes que sont Népomucène et Robert Joachim Charles-Henri de Bruyère, aka Bob.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, et j’ai hâte de les retrouver eux aussi dans le second tome (prévu pour ?). Mention spécial pour Basil, le brocanteur à jambe de bois, plein de surprises. Le personnage d’Edgar, grand spécialiste de l’empaillage, est sympathique mais apporte une touche de vulgarité peut-être dispensable. Quoique sans lui, il n’y aurait pas cette scène de visionnage de Buffy contre les Vampires débouchant sur une révélation… inattendue ! Le clin d’œil à la série est tout à fait dans l’esprit du récit.

Le style est d’une fluidité exemplaire, on dévore cette première aventure avec beaucoup de plaisir. Et bien entendu, le titre n’est pas qu’une simple référence à Poe, sans que l’on soit dans le pastiche pour autant (ce qui me donne envie de me relire quelques unes de ses nouvelles). Ici Bob s’affirme d’emblée comme le pendant de Dupin, dont il partage les impressionnantes capacités d’analyse et de déduction.

Seul (très petit) bémol : Pourquoi faut-il toujours que dans les récits mettant en scène un humain ami avec un vampire, il y ait toujours ce moment où l’humain s’exclame : « Quoi, il n’y a pas que les vampires qui existent ? Mais y a quoi encore ? ». Trop lu/entendu à mon goût. Mais ce n’est qu’un tout petit détail qui n’empêche pas de profiter pleinement de cette première enquête de Népomucène et Bob.

En résumé, c’est donc une très bonne entrée en matière pour cette série fantastique. Le groupe de personnages qui se met en place est attachant, le style d’une fluidité exemplaire. Vivement la suite !

Ma note sur Livraddict : 17/20

Au Sortir de l’Ombre

imageCette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été. Pour que chaque roman ait sa chronique, les retours seront aussi synthétiques que possible.

Au Sortir de l’Ombre par Syven, publié chez les Éditions du Riez.

L’accroche est la suivante :

Londres, 1889. La guilde d’Ae protège les aethrynes depuis des siècles pour qu’elles se consacrent à leur tâche : garder piégés dans leur ombre de sinistres monstres avides de massacre, les gothans. Lorsque la secte des némésis s’attaque à ces prêtresses, l’organisation est ébranlée par la traîtrise de plusieurs agents d’importance. Les traqueurs William, Christopher et Heinrich, qui sont chargés de la protection de lady Eileen pour une nuit, n’imaginent pas les enjeux de la chasse dont ils feront bientôt l’objet. Mais dans l’ombre d’Eileen, attentif, « Il » sait ce qui est sur le point de se jouer.

J’avais commencé à le lire à sa sortie en janvier 2011. Mais faute de pouvoir m’y consacrer, je l’avais laissé de côté, à mon grand regret. Là, j’ai pu le lire d’une traite.

J’ai donc redécouvert cet excellent roman prenant pour cadre le Londres de la fin du XIXe. Le style est fluide, raffiné, et sait se faire direct lorsque c’est nécessaire. L’ambiance du Londres by gaslight est fort bien rendue et on sent le travail de documentation effectué en amont de l’écriture. Le récit est haletant, les personnages bien campés (mention spéciale à Eileen et William, deux des héros les plus intéressants du roman) et les Gothans sont inquiétants et impressionnants à souhait.

On navigue entre récit de super héros (je n’y croyais pas quand je le lisais dans les reviews, mais c’est bien ça en fait) et roman fantastique, dans un cocktail détonnant et spectaculaire (car Syven sait faire dans le spectaculaire, ça je vous le dis). À noter la parution d’une version numérique (sans DRM) et d’une nouvelle qui se déroule dans la même univers : Curiosité malsaine (à retrouver chez Immatériel ou chez Feedbooks).

Un roman que je vous recommande chaudement !

Mais prenez garde de ne pas trop laisser errer les ombres quand vous le lirez…

Ma note sur Livraddict : 9/10

Le montreur de bêtes (Partie 2)

Edit : Ce texte a été initialement mis en ligne le 22 octobre 2006.

Partie 1

« Je repris conscience au bout d’un temps que je ne saurais évaluer. J’étais attaché, nu et couvert de sang comme un nourrisson tout juste sorti de la maternelle matrice, à un pilier. La pénombre régnait. Je ne voyais qu’à quelques pieds de distance. Autour de moi, les hommes de mon voisinage. Eux aussi dans le plus simple appareil, ligotés à des colonnes de pierre froide, où directement à des anneaux solidaires des dalles du sol. Nous étions dans une sorte de temple, d’une conception qui n’est pas la nôtre. Au centre, les ombres recouvraient tout. Nous pouvions entendre des gémissements étouffés, des bruits de frottement, de temps à autre un grognement ou un petit cri. Le son de ma respiration et de mon cœur, dont les battements désordonnés cognaient à mes tempes, résonnaient dans mon crâne.

« Une mélopée démoniaque monta soudain, dominant tout. L’intonation du flûtiau était effrayante, comme une exhortation à l’immoralité. Un claquement de mains retentit, tel un glas de chair. Des flammes apparurent, suspendues par magie au-dessus du centre de ce temple. Une vision abjecte, la plus horrible et malsaine qu’il me fut donné de contempler se révéla. Je voulais détourner mon regard, mais une force invisible me poussait à observer. La lumière dansante du brasier flottant se posa sur une masse grouillante de chair et de fourrure. Des silhouettes se déhanchaient, se frottaient, comme atteintes d’une immonde fièvre libidineuse. Des créatures monstrueuses, à face de loup et corps de femme, se mêlaient, se caressaient. Elles se livraient à des jeux que ma raison ne souhaitait pas comprendre. Leurs soupirs de plaisir, leurs respirations de plus en plus saccadées, les tremblements extatiques de leurs chairs suintant de sueur me dégoûtaient.

« Un cri de femme, empreint des sonorités de la jouissance, s’imposa par dessus tous les sons répugnants de cette orgie contre nature. Malgré moi, mon regard se posa sur cette femme. La mienne. Mon épouse si douce et réservée habituellement ne formait plus qu’une entité avec une créature démesurée à mi-chemin entre l’ours et l’homme. Son visage dont je connaissais chaque trait était déformé par une intense extase. Des larmes montèrent à mes yeux, se répandirent sur mes joues. Je voulais hurler son nom, la ramener à la raison. J’étais muet devant cette vile représentation de débauche. J’aurais souhaité être aveugle et sourd. L’odeur des corps ruisselant de désir faisait naître une irrésistible nausée au sein de mon être. C’est alors que cette femme qui m’était devenue une inconnue tourna son regard vers moi. La folie et la soif de vice régnaient dans ces deux perles d’un gris froid. Un sourire cruel travestit son faciès en un masque de perversion. Et elle me le destinait. Je parvins alors à hurler, un hurlement au bord de la démence.

« L’instant d’après, j’étais de nouveau dans la rue principale du visage, étendu dans la boue, sur le sol. Les autres hommes du village étaient allongés autour de moi. Tous se relevaient péniblement, le visage fripé comme après une nuit de débauche. Un voisin me tendit la main pour m’aider à me redresser. Nous semblions tous quelque peu assommés. Nul n’osait parler, mais nous savions tous que nous avions vu la même scène sordide. Chacun rentra lentement, en silence, chez lui.

« Comme je l’appris plus tard, nous avions tous retrouvé nos femmes paisiblement endormies dans nos lits. Malgré mon soulagement, je ne pus m’empêcher de contempler ma propre épouse, avec son doux visage serein. Je baissais quelque peu la couverture et sa chemise de nuit. Son corps ne portait aucune des marques de griffures que j’avais pu entrevoir dans ce temple. Tout se passait comme si nous nous étions enivrés toute la nuit durant, et avions vécu la même hallucination.

« Ce souvenir me hante depuis de longues années. Et maintenant que mon épouse n’est plus, je voudrais savoir. Comment expliquez-vous cela maître ?
Je pris le soin de peser soigneusement mes mots. Ce n’était pas la première fois que ce genre de fait parvenait à mes oreilles.

« J’ai déjà entendu parler de certains esprits qui se manifestaient d’eux-mêmes pour protéger les femmes dont l’honneur risquaient d’être bafoué. De ton récit, je déduis que toi et les autres hommes de ton village aimiez vous livrer à l’ivresse. Vous arrivait-il de vous montrer violent ou insultant avec vos épouses quand les démons de l’alcool envahissaient vos esprits ?

L’homme allait répliquer, mais baissa les yeux, confus. Il acquiesça dans un souffle. Je remarquai alors un ornement d’ivoire dans ses cheveux blancs. Une broche pour empêcher l’homme d’être fertile et le protéger des maladies. Elle était suffisamment décolorée pour savoir qu’il la possédait depuis longtemps. Souvent, ce genre de broche était offerte par l’épouse à son mari qu’elle soupçonnait de visiter d’autres couches.

« Qu’aviez-vous prévu tes compagnons et toi-même pour prolonger votre nuit ? Avant que le montreur de bêtes ne viennent ?

L’homme rougit, de plus en plus embarrassé.

« L’esprit n’était venu que vous mettre en garde en vous renvoyant un reflet de vos propres péchés. Par son intervention, il vous a dissuadé d’aller rendre visite aux filles de joie du hameau voisin. Et vous a libéré de toute tentation d’y retourner. Sois heureux que tout ceci ne fut que vision. D’autres villages ayant sombré dans la dépravation n’ont pas eu cette chance.

Il planta ses yeux, écarquillés d’horreur, dans les miens. Son visage devint d’une pâleur cadavérique. Il bredouilla de vagues remerciements avant de partir précipitamment, non sans porter à plusieurs reprises la main à la broche d’ivoire.

Le montreur de bêtes – Partie 2
Par Baldwulf
Le 22 octobre 2006