Par-delà l’océan : une nouvelle façon de consulter un extrait

pdlo150.jpgPetit à petit, les extraits du catalogue de Numeriklivres évoluent, pour toujours plus de facilité d’accès.

C’est la plateforme Pressbooks qui est le nouveau biais pour les consulter, avec un affichage adapté aux tablettes et smartphones.

Par-delà l’océan a droit à cette nouvelle forme pour les extraits, vous pouvez le consulter (et même l’acheter si l’extrait attire votre attention !) directement sur cette page de Pressbooks.

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L’infante souriait : premier extrait

Cet été, j’ai débuté l’écriture d’une « suite » aux aventures de Nickolah Dothiriel.

Titre provisoire : L’infante souriait. Le bonus du jour, c’est son prologue.

Prologue

La brume restait solidement accrochée aux bâtisses de Port-aux-Pendus. Ses volutes s’enroulaient autour des mâts et des vergues des navires, enserraient leurs coques dans un étau. Tous les équipages demeuraient prisonniers de l’Isle, en l’attente d’être libérés. Les prévisions n’étaient pas très optimistes. Aucune amélioration n’était attendue pour les trois prochains jours.

À la nuit tombée, le vent s’était levé et faisait tinter les nœuds des cordages contre les pièces métalliques des vaisseaux ancrés dans la baie principale.

Ça résonne comme un carillon funèbre, pensa l’homme qui se glissait en silence dans les rues menant au port.

Un sourire carnassier se dessina sur son visage balafré. Il n’avait pas à être excessivement prudent. Inutile de rechercher les ombres avec un brouillard aussi dense. Les cliquetis montant des navires assourdiraient le moindre bruit émis involontairement par l’homme.

Un temps à mettre un assassin dehors, ricana-t-il intérieurement.

Les choses se trouvaient grandement simplifiées pour lui. Habituellement, il devait effectuer son approche en s’imposant la plus grande discrétion. Passer par les toits, avec les risques inhérents, était fréquent. Rien de tout cela aujourd’hui. Il allait pouvoir effectuer une approche directe. Ce qu’il préférait.

L’homme jubila intérieurement. Tout lui paraissait si simple subitement. Cette mission, on la lui avait confiée parce qu’il était l’un des tous meilleurs. Il n’aurait pas besoin de forcer son talent cette nuit.

Ne cède pas à la facilité.

Il se concentra davantage. Pas de droit à l’erreur. Sa proie serait isolée, sans recours possible. Ceux qui étaient censé la protéger ne le verrait même pas arriver. Et il serait déjà loin lorsqu’ils découvriraient qu’il avait frappé.

Au détour de la rue, ce serait la dernière ligne droite avant le quai où était amarrée la frégate sur laquelle il devait s’infiltrer. Une fois à son bord, il pénétrerait sans un bruit dans la cabine du capitaine. Il lui déroberait la vie durant son sommeil. Un seul coup de son poignard empoisonné serait suffisant. Inconsciemment, il porta la main à son fourreau, caressa son cuir craquelée. L’arme avait souvent servi.

L’assassin pressa le pas, il voulait en finir au plus vite. Le vent pouvait tomber et briser l’aisance de sa tâche. Comme pour le rassurer, une rafale s’engouffra dans le port, sifflant avec violence, assourdissante.

Il prit pied sur le quai, la brume se lovant tout contre ses vêtements noirs. Elle devenait si dense qu’il lui sembla qu’elle pourrait l’étouffer en resserrant à peine son étreinte. L’idée lui fit manquer un battement de cœur.

Du calme, pas de raison de t’inquiéter, se raisonna-t-il.

La sensation d’oppression était trop forte. Alors qu’une sueur froide commençait à glacer sa nuque, il prit conscience de la lourdeur de l’atmosphère autour de lui. Il suffoquait. L’homme se mit à courir, succombant à un accès irraisonné de panique. Et il comprit.

Le quai était dégagé devant lui. Pas très loin cependant. Juste une sphère où la brume ne semblait pas capable de pénétrer. Au centre, la Dalvénia, le navire où il devait commettre son forfait.

— Par les tétons de l’infante, lâcha-t-il dans un souffle.

Le dernier qu’il exhala avant qu’un carreau d’arbalète ne lui transperce la gorge. Un second se ficha dans son œil droit, un dernier en plein cœur.

L’assassin s’effondra au sol, le visage baignant dans son sang.

Des nouvelles du NaNo + Bonus

Compteur bloqué à 800 mots. Je n’ai pu me dégager qu’une seule session d’écriture depuis le début du mois.

Peu importe. Le NaNo m’a permis de lancer une idée. Il est déjà une réussite à mes yeux. Et je poursuivrai (ça en même temps tout le monde le fait) au-delà de novembre pour aboutir à un résultat dès que possible.

Bonus, un (forcément) court extrait :

3.

Winilda arrache l’aile de la mouche et regarde la créature qui essaie de battre de celle qui lui reste. Nous nous esclaffons devant le grotesque de cette petite chose qui se débat.

— À ton tour, m’invite Winilda.

J’hésite un instant. Ses yeux noisette fixent avec avidité l’insecte agonisant. Son visage d’ange est recouvert d’un masque presque démoniaque. Bizarrement, je ne l’ai jamais trouvée aussi séduisante qu’en ce moment. Étrange. J’ai envie de lui faire plaisir, de lui offrir sur un plateau tout ce qu’elle peut attendre de moi. Elle pose son regard sur moi et je ne peux que lui obéir. Imitant son geste, je saisis la seconde aile de la mouche, tire dessus. Elle cède facilement et je la lève comme un trophée. Je me sens ridicule et nauséeux, mais j’essaie de n’en rien montrer. Winilda ne doit pas savoir, ne doit pas deviner comme cela m’écœure.

Pour lui en mettre plein les yeux, j’attrape deux pattes de la pauvre créature que nous torturons et les sépare du corps. L’espace d’un instant, les iris de ma voisine semblent flamboyer. Sa respiration devient saccadée et son baiser, inattendu, repousse au second plan tous mes doutes et mon dégoût pour ce que nous faisons subir à la mouche.

Seule demeure la volupté de ses lèvres gourmandes et nos souffles chauds qui les franchissent en se glissant entre les miennes.

Quand je redescends de mon nuage, je sais que ce soir encore je vomirai, que je pleurerai et que Mère s’inquiétera pour moi. Je lui répondrai que ce n’est pas grave, que les cours sont difficiles à l’Académie, et que je m’accroche avec beaucoup d’efforts pour ne pas me laisser distancer, que je fais de mon mieux mais que j’ai peur de ne pas réussir et de la décevoir. Elle me répète que je ne dois pas me préoccuper de tout cela, que tout ira bien et que mon travail portera ses fruits. Que je dois simplement être patient.

Elle ne savait heureusement pas la vérité.

Jamais elle ne se douterait qu’aujourd’hui j’ai encore évité les bancs humides et les pierres froides de l’école pour me rendre dans la forêt avec Winilda, Abélin et Félexine. Comme tous les trois jours depuis deux mois.

J’ai douze ans.

Où le Projet CF repointe le bout de son nez

Pour faire suite à mes tergiversations d’hier, et histoire de proposer un peu de contenu inédit (ouais !!!), aujourd’hui ce sera un extrait de Passé en otage, début de roman cyber-fantasy commis durant le NaNo 2009. C’est LE projet qui m’attend une fois que la Larme Noire aura connu son point final et ne risquera plus d’empiéter sur ma concentration.

Dans ce passage réapparait un de mes personnages fétiches : l’assassin An Anaon, « héros » de la nouvelle du même nom (à lire dans Itinéraires #3). Pas de blabla, je vous laisse à votre lecture !

Siège du Gouvernement Hégémonique Mondial, Olympus Island, 98e jour de l’année 2307

Le garde n’avait pas eu le temps de prononcer un seul mot avant de s’effondrer, un deuxième sourire béant sur sa gorge. L’entaille était profonde, tranchée avec rage. Aussi silencieux qu’une ombre malgré la haine qui l’habitait, l’assassin avança dans le couloir aux dalles synthétiques, d’un rouge agressif. Sa silhouette maladive se détachait sur les murs, un filigrane mortel.

Il lui avait fallu du temps pour préparer son infiltration dans le complexe le plus sécurisée au monde. Entrer en contact avec les meilleurs hackers n’avaient pas été bien compliqué, son réseau étant très étendu. On n’était pas un tueur à gages aussi renommé sans que les personnes qui vous étaient redevables soient nombreuses. Parmi celles-ci, les chefs yakuzas étaient légion. Il avait pu réunir cinq des pirates les plus talentueux pour percer les protections du siège du G.H.M. et situer la pièce où il retenait la jeune femme captive. Et maintenant An Anaon était dans la place, à proximité de celle qu’il venait libérer.

L’assassin était d’une minceur extrême, presque cadavérique. Ses traits ne permettaient pas au premier abord de décider s’ils étaient masculins ou féminins. Et pour cause. La nature, capricieuse ou moqueuse, lui avait offert les attributs des deux sexes, le faisant naître hermaphrodite. Toute sa vie, il avait essuyé les quolibets et la haine des autres face à sa différence et à sa faiblesse apparente. Sa volonté et divers implants cybernétiques en avaient fait le plus redoutable des tueurs à gages.

Ses employeurs, des Voyageurs du temps dissidents, n’avaient eu aucun mal à le convaincre de se joindre à eux. Pour une telle mission, il aurait même travaillé à l’œil. Heureusement, il lui avait proposé davantage qu’un simple salaire. L’assurance d’être en sécurité et de se voir offrir une nouvelle vie au cas où leur plan échouerait. Avec ces garanties, l’assassin avait accepté sans hésiter. Les missions de libération n’étaient pas dans ses habitudes. On ne l’avait pas surnommé la Faucheuse, dans une époque passée, pour rien. Il donnerait le meilleur de lui-même pour libérer la jeune femme. Tout ceux qui se dresserait entre eux seraient éliminés.

De toutes les étapes délicates de son infiltration, celle à venir serait la plus ardue. Franchir la dernière porte. La porte qui était gardé par trois trolls intégralement câblés et muselés par une puce de contrôle comportemental. Le tueur à gages se plaqua contre le mur. Il n’aurait qu’un instant pour agir avant que les créatures n’entrent à leur tour en action. L’androgyne exacerba la perception qu’il avait de son organisme. En combinant ses implants cybernétiques et les exercices de concentration qu’il avait élevés au rang d’art au cours de son existence, il parvenait à une pleine connaissance de son être, de chaque particule, naturelle ou synthétique, qui le composait. Il n’avait pas besoin de toucher le katana glissé dans le saya en travers de son dos. Il le sentait frémir contre son échine. L’arme millénaire et lui ne faisaient qu’un. L’assassin saisit la poignée lassée de soie dans sa main gauche. Sans un seul bruit, il fit glisser le sabre hors de son fourreau. De la droite, il se saisit du wakizashi qui complétait son daishō. Les deux lames vibraient d’un chant silencieux que lui seul pouvait entendre. Elles étaient prêtes à l’accompagner au combat. L’androgyne prit une ultime inspiration et jaillit dans le couloir.

L’ange de mort fondit sur le plus proche des trolls. Son katana lui trancha une jambe tandis que la lame du wakizashi traversait le visage du second troll et ressortait par l’oreille. L’assassin se redressa dans le même geste, son corps répondant sans hésitation aux impulsions de ses câblages de rapidité. La première créature touchée se roula au sol, grognant de douleur. Le dernier cerbère se tourna vers l’assaillant, surpris par cette irruption sanglante. Quand le katana fendit une nouvelle fois l’air, il se protégea de son bras et la lame mordit dedans, tranchant net chair et os.

Le troll rugit et abattit son second poing sur l’androgyne. L’adrénaline et ses prothèses le rendaient plus rapide qu’il ne le paraissait au premier regard. Alors que l’assassin tentait d’esquiver, la gigantesque main frappa son épaule, le faisant chanceler sous l’impact. Il posa le genou au sol. Du coin de l’œil, il constata que sa situation ne s’améliorait pas. Le premier troll essayait de se relever, tandis que sa jambe se reformait au bout du moignon sanguinolent.

Le tueur à gages déglutit. Les choses ne se déroulaient plus comme prévu. Nulle information n’avait filtré sur les modifications génétiques des trois derniers gardiens. S’il avait su qu’on leur avait implanté de l’A.D.N. d’Hydre. Un bref regard sur celui qui avait le wakizashi planté dans le visage l’assura qu’au moins un des trolls ne se relevaient pas.

Son épaule était douloureuse après le coup qu’il avait reçu. Il sentait du sang couler le long de son omoplate. Sûrement une fracture ouverte. Il commanda mentalement une décharge d’adrénaline à son organisme.

Les deux cerbères survivants, qui récupéraient de leurs amputations respectives à vue d’œil, approchaient de l’assassin. Il paraissait soudainement chétif face aux deux masses musculeuses. Il se redressa en reculant de deux pas, serrant la poignée de son katana bien plus fort que nécessaire entre ses mains. En voyant l’une des énormes masses à cinq doigts s’abattre vers un bouton d’alarme, au mur, il ne réfléchit pas plus d’une fraction de seconde. Il jeta son arme comme une lance. La larme traversa la main du troll en la déviant de sa trajectoire. Le sabre finit planté dans le mur, tirant en arrière et bloquant le bras de la créature. Son comparse marqua un instant de surprise. Tout s’était passé un peu trop vite pour lui.

Sans lui laisser le temps de comprendre, l’androgyne bondit sur lui, enserra sa tête entre ses bras malingres mais d’une force surnaturelle. D’un simple geste, il brisa net la nuque du garde. Le corps ne s’était pas encore totalement affaissé qu’il s’en était dégagé. Tout comme le dernier troll l’avait fait avec le katana. Il tenait maintenant l’arme en main, maladroitement, mais une simple rencontre avec la lame affûtée à l’extrême serait fatale.

L’assassin, d’une simple impulsion mentale, libéra les dix lames qui étaient implantées sous ses ongles. Chacune mesurait un pouce de long. Pas assez d’allonge si son adversaire se montrait plus rapide que lui. Dans le cas contraire, il aurait le dessus sur le Résurgent. Le poison que relâcheraient les griffes métalliques l’achèverait. Le moindre muscle d’An Anaon était prêt pour passer à l’action. Le troll poussa un cri féroce et chargea. L’androgyne esquiva sans difficulté l’attaque et lacéra le dos de la créature. Un rugissement de douleur répondit à l’apparition des cinq traces profondes et sanglantes. Un instant plus tard, le dernier gardien encore debout s’effondra face contre terre, la bouche écumante.

An Anaon regretta de ne pas avoir emporté de substance inflammable pour se débarrasser des trois cadavres qui risquaient de se régénérer à tout moment. Il ne perdit pas un instant. Il récupéra son daishō et ouvrit la porte grâce au code qu’un des hackers avait piraté. Il se retrouva face à une jeune femme d’une vingtaine d’année, d’une étrange beauté. Ses traits possédaient une grâce surhumaine. Son corps aurait atteint une perfection au-delà de l’entendement si deux ailes écailleuses, d’un rouge sombre, ne s’étendaient dans son dos. Des écailles de la même teinte formaient des plaques sur son visage, dans son cou, sur ses cuisses. Son cuir chevelu laissait également entrevoir des plaques squameuses, bleues turquoise. Ses yeux avaient des iris doré, deux larmes verticales sur lesquelles se refermaient deux paires de paupières, comme chez les reptiles. Un croissant de lune écarlate, formé de corne, se détachait sur le front de la jeune femme. La marque de naissance des Clairvoyants. Elle se tourna vers l’assassin.