La Malédiction d’Old Haven

imagePremière lecture de ma série 100 % SFFF Francophone de l’été (mais qui n’est pas dans la liste des 10 puisque j’étais déjà plongé dedans) avec ce roman jeunesse de Fabrice Colin.

L’auteur, je l’avais découvert par ses interventions dans Casus Belli, puis par ses premiers romans, fort sombres (Neuvième Cercle et Les Cantiques de Mercure). J’avais continué de le suivre dans le diptyque Arcadia, puis dans sa saga de Fantasy, Winterheim. Puis sont venues les années 2000 et j’ai un peu perdu de vue le travail de Fabrice Colin, alors que celui-ci gagnait en visibilité au fil des années.

L’accroche de ce roman est la suivante :

1723, Gotham. Mary Wickford, jeune orpheline à la beauté flamboyante, quitte le couvent et les soeurs qui l’ont recueillie dix-sept ans plus tôt. En route vers l’est, la jeune fille s’arrête dans le vieux village d’Old Haven où règne une atmosphère lourde de secrets. Sans jamais être venue, elle connaît ces paysages de brumes et de ténèbres… C’est ici que fut brûlée vive, jadis, une sorcière du nom de Lisbeth Wickford…

C’est donc un roman de sorcières… Mais pas que. On y trouve pêle-mêle du roman de pirates, du roman fantastique, du roman initiatique, de l’horreur lovecraftienne, un soupçon de steampunk et d’uchronie, tout cela dans un mélange plutôt réussi. C’est là que je comprends ce que Fabrice Colin évoquait en interview quand il disait que la littérature jeunesse permettait une liberté que l’on n’a pas forcément en littérature adulte. Ici, pas besoin de chercher à être catalogué dans un style particulier, condition trop souvent limitante dans la littérature dite adulte. C’est de l’Imaginaire. Point barre.

Et j’ai beaucoup aimé cet aspect du roman, tout comme le style fluide développé au fil des pages. Sentir la liberté de l’auteur à suivre toutes ses idées pour écrire un texte est savoureux. Les emprunts à Lovecraft sont une des charnières du récit, ce qui était vraiment inattendu en début de lecture, début un peu laborieux quand même. Je suis entré petit à petit dans le texte, poursuivant ma lecture avec plaisir.

Seule ombre au tableau, passé les premières pages, la partie initiatique de la quête de Mary, qui tombe en plein milieu de l’histoire et casse le rythme qui s’était mis en place. J’ai trouvé cela un peu dommage, même si c’est justifié.

Le final est de toute beauté, avec (spoilons un tout petit peu) la libération d’un Grand Ancien sur la ville de Gotham. Les références à Lovecraft et au Mythe sont nombreuses et font partie intégrantes du récit de toute façon.

Alors un roman qui met en scène des Grands Anciens et des dragons, forcément j’ai beaucoup aimé ! À noter le roman Le Maître des dragons, qui présente la même histoire, mais du point de vue d’un autre personnage. Les avis le concernant sont assez partagés, mais je pense que je me plongerai dedans après l’été.

Ma note : 7/10 (à cause du rythme brisé en cours de route)

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Patrick Rothfuss, la Fantasy et ma Larme Noire

Je lisais hier cette interview de Patrick Rothfuss [en], dans laquelle, entre autres analyses de ce qui le faisait fuir dans nombre de romans de Fantasy, il listait les cinq clichés que les
auteurs devraient éviter en Fantasy (traduction rapide par les soins de votre serviteur).

  1. Une prophétie. Je ne veux plus jamais lire un roman sur « l’être élu ».
  2. La demoiselle en détresse. J’ai connu un certain nombre de demoiselles dans ma vie. La grande majorité d’entre elle n’avait pas besoin d’un sauvetage.
  3. Des elfes avec des arcs qui vivent dans les arbres. Des nains avec des haches qui vivent dans des grottes. C’était bien quand le Tolkien le faisait, c’était il y a 60 ans. Il est temps d’aller de l’avant.
  4. Des vampires maussades. Toute sorte de vampire devrait probablement être évitée arrivé à ce point. Le genre est quelque peu dépassé.
  5. Des dragons. Comme ci-dessus.

Du coup, petit jeu amusant pour moi : prendre l’actuelle version de La Larme Noire et la comparer à cette liste, tout en voyant si mes idées de corrections étaient bonnes. Vous êtes prêts ?

  1. Une prophétie : paf, y a le Destin qui se terre à tous les coins de chapitres (en exagérant un peu), une prophétie qui parle d’Élus qui s’éveilleront pour aller contrecarrer le retour du Dark Evil One, lui-même se préparant à l’affrontement. On part mal là… Je prévoyais quand même d’atténuer cet aspect dans la réécriture.
  2. La demoiselle en détresse : Là ça va. Peu de personnages féminins dans le récit (Un tort ? Possible à redresser avec la trame ? Me paraît difficile.) Et elles ont de la ressource les bougresses ! Ce serait plutôt elles qui viendraient au secours de mes damoiseaux en détresse.
  3. Elfes blablabla, nains blablabla : Là c’est proche d’un epic fail pour la version à corriger. En plus, les elfes, on ne les voit pas du tout (donc quel intérêt à les évoquer ?) et mes nains sont… barbus et experts dans l’art de la forge. Mais heureusement, il était prévu d’éradiquer les présences, ainsi que celle des hideux et méchants orques. L’honneur était déjà sauf ! Ouf…
  4. Euh c’est quoi cette histoire de vampires ? Confusion Fantasy et bit-lit ? Si c’est pour mettre du vampire façon Ravenloft, honnêtement je ne vois pas le soucis. Je dois manquer de référence en matière de vampires en Fantasy moi…
  5. Des dragons : re-fail. J’espère juste avoir traité son cas avec suffisamment d’originalité pour donner envie à Patrick Rothfuss de lire ma Larme Noire.

Finalement, je ne m’en sors pas si mal. J’arrivais à la même analyse que lui sur ce que je ne voulais plus voir dans ce roman-feuilleton. C’est dingue non ?

Après, rien n’est figé. Peut-être que je voudrais garder mon histoire avec son bestiaire basique. Cela ne permettrait-il pas de conserver les lecteurs peu habitués à la Fantasy, mais qui ont vu sur un écran l’adaptation du Seigneur des Anneaux, de leur offrir une base connue pour se plonger plus aisément dans un nouvel univers ? Un point à explorer plus avant certainement. Tout élément de votre part sera bienvenu pour alimenter la réflexion.

Le mot de la fin, je le laisse au délecteur, puisqu’il résume très bien ma pensée :