Alain Damasio, sa Horde du Contrevent et ma Larme Noire

La Horde du Contrevent - Alain DamasioCette lecture entre dans la liste des 10 livres que je voulais lire cet été.

Pour l’occasion, j’ai envie de reprendre le principe de la chronique de lecture/papier sur l’inspiration que j’avais déjà employé suite à mes lectures de la Compagnie Noire (ici et ).

La Horde du Contrevent, par Alain Damasio, édité par La Volte, en poche chez Folio SF. À noter au passage cette excellente nouvelle : la version numérique, sans DRM, est également disponible.

L’accroche :

Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime.

Lecture coup de poing, lecture coup de cœur. Un petit bijou stylistique, philosophique, poétique, d’un cynisme formidable. Je pourrais m’extasier pendant des dizaines de ligne sur ce roman formidable, auquel on pourrait pourtant rester réfractaire. La mise en place pourrait sembler laborieuse, entrer dans ce récit alternant les points de vue n’étant pas si aisé. Le temps de se caler, de bien cerner qui est qui, et ce n’est plus que du plaisir !

Ça tombe bien d’ailleurs car c’est quand on arrive à s’habituer à cette narration si particulière, que l’on commence à saisir le background sur lequel s’appuie le récit, que les évènements deviennent palpitants. Autant dire une excellente gestion du rythme, l’exposition s’étalant juste sur la longueur nécessaire.

La quête de la Horde est un bras de fer surhumain contre une nature hostile, face à ce vent qui ne tombe jamais et brise les hommes. Un voyage initiatique jusqu’aux confins du monde. Les 23 membres de cette Horde remontent à la force du corps, plus souvent encore au mental, affrontant les éléments avec un courage proche de la folie. Avec cette question qui devient de plus en plus prégnante au fil de leur progression vers l’Extrême-Amont : et si tout cela était vain ? La réponse… je vous laisse la découvrir par vous-même.

Qu’est-ce que j’en tire pour ma Larme Noire ?

C’est l’occasion d’évoquer ce qui est pour moi la vraie grosse claque stylistique d’Alain Damasio dans ce roman : la narration par points de vue multiples. Au sein de chaque chapitre alternent les focalisations internes. Certes, Sov est le personnage qui est le plus présent à ce niveau, normal en tant que scribe de la Horde. Mais il n’est pas le seul à nous conter cette quête. Une bonne partie des 23 membres de la 34e prendront la parole au fil du roman. Et c’est là que je suis tout bonnement impressionné. Les 23 membres, sans exception, parviennent à exister pleinement par ce choix narratif.

Parce que soyons honnête, certains hordiers n’apparaîtraient pas pendant toute une partie du récit (je pense à Coriolis, Callirohé ou Aoi par exemple). Mais à travers le regard de leurs compagnons, à travers leurs propres prises de paroles à un temps du récit, l’intégralité de la Horde est présente à chaque instant devant nos yeux. Il est là le tour de force du roman ! Chaque hordier est clairement caractérisé. Et voir ce monstre de Golgoth par les yeux de ses ouailles le rend encore plus impressionnant.

C’est pour ça que ce roman est une pure leçon stylistique. Parce qu’il me confirme dans ma volonté d’explorer pour La Larme Noire une piste qui me trottait dans la tête depuis plusieurs mois, sans oser m’en approcher. Deux défauts collent au texte pour le moment :

  • une caractérisation trop forte des personnages les plus « forts » (Baldwulf et Brytwin) au détriment des autres (Hildor et Deorman essentiellement).
  • des changements de point de vue multiples, toujours en focalisation externe, qui pourraient perdre le lecteur en cours de route.

Ici, Alain Damasio m’a montré avec maestria que c’est une piste sérieuse à suivre. J’avais déjà apprécié ce format de narration dans Neuvième Cercle, le premier roman de Fabrice Colin, et là je l’ai redécouvert. Avec l’envie plus forte que jamais de voir si ma série peut encore gagner en dynamisme et en puissance en bouleversant sa narration. Surtout que les focalisations multiples, je l’ai dit, sont déjà une base de la narration depuis le début dans La Larme Noire (avec certains passages dont je ne suis pas peu fier niveau choix du point de vue). Mais le choix d’une focalisation externe était-il le bon ?

Le soucis, c’est le format série. Je m’explique. Est-ce que pour le lecteur, il n’y aura pas de soucis à se retrouver embarqué dans un récit de 6 épisodes (voir plus si je me lance complètement dans cette réécriture de la réécriture), représentant chacun 45 minutes de temps de lecture, alternant les focalisations sur de courts chapitres ? D’autant plus que les épisodes seraient certainement publiés à un rythme hebdomadaire ? N’est-ce pas compliquer les choses inutilement de ma part ? Est-ce une perte de temps que de me lancer dans un travail aussi laborieux qu’une refonte complète du système narratif ?

En fin de compte, que reste-t-il de cette lecture ?

Ces questions, je me les posais vaguement avant de lire La Horde du Contrevent. Ce roman me marquera de façon indélébile par sa qualité, par la force de son récit, par son cynisme de plus en plus présent, mais également pour les questionnements qu’il a soulevé, que ce soit ceux liés au vécu des hordiers au fil de leur éveil aux dernières formes du vent, mais également ceux liés au processus d’écriture dans lequel je suis actuellement.

Désormais, ces questions de choix de la focalisation m’accaparent quand il s’agit de repenser La Larme Noire. Je ne me les pose plus seulement en toile de fond. Et je vous les pose à vous aussi, amis lecteurs et auteurs.

Avez-vous été convaincus par cette forme de narration (que ce soit dans la Horde ou dans un autre roman) ? Pensez-vous que ce soit compatible avec un format feuilleton, et en numérique ?

Et si vous écrivez, avez-vous tenté cette expérience ? À quels écueils vous êtes vous heurtés en cours d’écriture ?

Réécriture de La Larme Noire – Semaine 6

Avec beaucoup de retard, voici le bilan de la semaine passée pour la réécriture de La Larme Noire.

J’ai tout doucement avancé, en réécrivant la scène d’introduction, dont je ne suis toujours pas satisfait, et une bonne partie de la scène suivante.

C’est surtout une réflexion sur l’univers et sa description qui m’a occupé. En effet, suite à l’écoute de la passionnante et très pertinente conférence La Fantasy : une littérature cartographiée ? (Utopiales 2010, à écouter chez Actu SF), j’ai mis en parallèle la courbe d’apprentissage exponentielle du lecteur de Fantasy (évoquée dans cette conférence), les remarques de mes bêtas-lecteurs et la nature de feuilleton de La Larme Noire. Je prends de plus en plus conscience de plusieurs choses sur mon univers :

  • Je l’ai voulu riche, trop riche pour ce qui va réellement servir dans le récit. L’action au bout de quelques chapitres est centrée sur une seule cité, alors pourquoi donner tant de détail sur le reste du monde ? Trop de parasites potentiels pour la lecture.
  • Corollaire immédiat : inutile de m’appesantir sur la description du palais royal au début du premier épisode puisque qu’il n’est le décor que d’une seule scène. On gagnera en dynamisme d’entrée et ça épargnera quelques bâillements au lecteur dans les premières pages du récit. C’est bien de se faire plaisir à décrire une merveille d’architecture, mais pas si c’est au détriment du rythme du récit. Un bon point pour mes bêtas-lecteurs qui me l’ont pointé d’emblée.
  • Ensuite la question de la cartographie elle-même. J’ai beaucoup aimé dans la conférence les interventions sur l’aspect quelque peu anachronique des cartes trop précises que l’on trouve parfois en Fantasy. Ça me donne matière à réflexion sur le sujet. Nécessité d’une carte ? Quel degré de maîtrise de la cartographie dans mon univers ? Quelle nécessité de cartographier ? Les habitants de Noghaard ont-ils besoin de points cardinaux de la même façon que nous en avons besoin ? Bref autant de questions que je me pose.

Dans le même temps, d’autres idées me viennent pour conclure le récit, des détails encore une fois, mais qui ouvrent d’autres possibilités, donnent un éclairage nouveau à l’histoire, tout en ouvrant sur une potentielle suite.

La bonne nouvelle également, c’est que je vais avoir un peu plus de temps libre pour me consacrer à ce projet. Maintenant, il ne faut pas que je tergiverse de trop entre poursuivre la réécriture de l’épisode 2 (à peine entamée pour le moment), ou reprendre dès maintenant l’épisode 1 avec les suggestions qui m’ont été faites et les nouvelles idées qui me viennent. To be continued…

N’oubliez pas que vous pouvez suivre une partie de ces avancées en direct (et plein d’autres infos forcément passionnantes) sur mon compte Twitter. Et comme d’habitude, s’il y a des aspects de ce travail de réécriture que vous souhaiteriez me voir développer, n’hésitez pas à demander. Ce sera un plaisir de vous répondre !

Réécriture de La Larme Noire – semaine 2

Je vais essayer de faire des bilans hebdomadaires de mes avancées correctives.

Cette semaine est moins glorieuse que la précédente. À mettre sur le compte du retour au boulot après quelques jours de vacances ? Y a sûrement un peu de ça. Sûrement de la mauvaise surprise en prime. Je ne m’attendais certainement pas à une telle résistance des derniers mini-chapitres. Trop de points qui ne me satisfont pas et qui me retardent.

Je n’aime pas les situations que je décris en chapitres 16 et 17. Il y a des incohérences (bah ouais, un groupe de 14 personnages, dont une partie est armée, avec leurs paquetages, ça passe facilement inaperçu hein ! ), des mauvaises utilisations d’éléments extérieurs qui encombrent inutilement le récit (pourquoi faire intervenir une créature fantastique, même de la taille d’un chat là où une simple missive pourrait suffire ?).

Bref, je ne suis pas content de moi au terme de cette seconde semaine. Là je devrais préparer le découpage des chapitres de l’épisode 2, mais le 1 n’est même pas bouclé. J’enragerais presque.

J’avais promis de répondre à vos questions, alors voici la première, posée par Florent Lenhardt :

A titre personnel j’ai souvent eu le problème, après diverses relectures successives et en particulier quand de nouvelles scènes sont écrites de 0, d’harmoniser le style des passages les plus anciens avec les inédits. Comment tu t’en sors, est-ce que c’est (très/assez) difficile pour toi ou le fait que le changement de style général soit un objectif rend les choses plus faciles ?

Là, je commence à me retrouver nez à nez avec le début des difficultés liées à certains choix nouveaux. Par exemple, dans la version initiale, cinq personnages partaient au début de l’histoire. Après réflexion, je ne trouvais pas que c’était cohérent. Notamment parce que trois chevaliers sont dans le lot. Ils partaient sans escorte. Première erreur. Ce n’était pas logique. Ça ne m’a pas gêné. Mais j’ai adjoint d’autres personnages qui se rendent au même endroit. Si bien qu’ils se retrouvent à une douzaine au moment où ils arrivaient à éviter discrètement les patrouilles. Du coup, difficulté car il me faut repenser ce passage pour un plus grand nombre de personnages.

Harmoniser le style n’est pas si difficile par contre, car je réécris quasiment chaque phrase au fil de mon avancée. Du coup, je pense que les petits ajustements se font naturellement. Accessoirement, le style m’a paru pour le moment plus proche de ce que je voulais que dans mon souvenir. Beaucoup de phrases relativement courtes au final. Donc le travail de ce point de vue se passe bien pour l’instant.

Après, je galère surtout avec les côtés trop naïfs qui ne cadrent pas avec le texte et, surtout surtout, avec le simple fait de devoir effectuer les changements dans un récit qui me colle trop à la peau avec toutes ces années passées dessus. M’en détacher est dur et les modifications ne sont pas toujours si substantielles que ça, même s’il y en a déjà quelques unes, mais qui ne bouleversent pas l’intrigue elle-même.

Les vraies scènes écrites depuis zéro viendront surtout par la suite. Là c’était plus alléger le début du récit, supprimer le name dropping inutile, mettre en place la suppression des nains, elfes, orques.

Voilà, j’espère que ça répond à tes questions. 😉

S’il y a des aspects de ce travail de réécriture que vous souhaiteriez me voir développer comme je viens de le faire, n’hésitez pas à demander !

Réécriture de La Larme Noire – semaine 1

Je vais essayer de faire des bilans hebdomadaires de mes avancées correctives. Cette semaine, grosse dose de motivation pour me plonger enfin dans la réécriture à proprement parler de La Larme Noire. Jusqu’à présent, j’avais surtout fait du redécoupage et réfléchi à divers éléments du récit. Seul le prologue avait été réécrit, ainsi qu’une scène sur laquelle je suis encore revenu hier.

En ce moment, c’est donc le premier épisode qui m’occupe. Pour ceux qui ont suivi l’aventure depuis le 27 juillet 2005, date de la mise en ligne du prologue de la première version du roman, qui s’intitulait alors L’éclat de Miriel Ithil (souvenirs, souvenirs…), cet épisode regroupe les réécritures du prologue et des chapitres 1 à 3. L’ordre des scènes a été revu, notamment pour mixer celles des chapitres 2 et 3. Vingt parties sont prévues (et je viens de voir que la version que j’avais mise en ligne en comptait aussi vingt, ça s’appelle de la cohérence) pour cette entrée en matière. Sachant qu’il y en avait eu 121 sur la version en ligne.  Je ne suis pas au bout de mes peines.

J’arrive à la partie 14 après le prologue et à 13 684 mots. Une bonne avancée. J’espère atteindre le bout de cet épisode en milieu de semaine prochaine pour le soumettre à l’inquisition de quelques bêta-lecteurs. J’enchaînerai par une réflexion sur le découpage des épisodes 2 et 3 en attendant leurs retours.

S’il y a des aspects de ce travail de réécriture que vous souhaiteriez me voir développer, n’hésitez pas à demander !

Renommer : mais quelle galère !

Non mais franchement. Quelles idées saugrenues de ma part. Non seulement je veux supprimer les Nains et les orques (et les Elfes qu’on ne voit pas mais dont on parle), ce qui n’est déjà pas une mince affaire, mais en plus je me suis entiché de l’idée de vouloir changer certains noms du récit.

Alors je tâte le terrain, cherche à rebaptiser certains lieux et personnages (Leodburg, Dunburg ne me convenant plus, tout comme les noms à consonances Tolkien). Et franchement je rame. De même pour les nouveaux noms des royaumes, reprendre la situation géopolitique trop simpliste, sans pour autant trop la complexifier.

Bref, c’est un peu la galère. Peut-être essayer d’avancer sans m’occuper des noms pour le moment, après tout c’est rapide à remplacer dans un fichier. Par contre pour mes peuples clichés et l’aspect politique, c’est plus délicat… Courage ! Peut-être l’épisode un retouché d’ici la fin de la semaine, ce qui serait très encourageant pour la suite !

Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 2 – Jeux d’ombres)

Deuxième article sous forme de chronique de lecture mêlée à une bafouille sur la réécriture de La Larme Noire. Hier, c’était du positif, des pistes sur ce qu’il faut que je fasse pour rendre mon premier jet éditable. Aujourd’hui, changement de ton.

Attention : spoilers inside !

Glen Cook, je l’ai encensé tout du long de mes trois retours suite à la lecture du premier arc de sa Compagnie Noire, baptisé les Livres du Nord. À la base, les aventures de Toubib et ses compagnons d’infortune devaient s’arrêter là. Mais voilà, la demande a été forte et l’annaliste de la Compagnie a repris du service avec ce Jeux d’ombres, qui ouvre les Livres du Sud.

J’ai déjà vendu la mèche, j’ai beaucoup beaucoup moins accroché sur cette première partie contant le périple de Toubib et de la poignée de rescapés de la Compagnie vers le sud, en direction de Kathovar. Retour aux sources en remontant le cours du temps au travers des villes où la Compagnie est passée au fil des siècles. Sur le papier, le propos est alléchant. Dans les faits, il l’est moins.

Déjà, la première centaine de pages n’est pas bien palpitante. Entre le trajet sans trop de heurts de la Compagnie et les passages servant à nous présenter de nouveaux personnages secondaires dont on se doute qu’ils croiseront le chemin de notre poignée de survivants, on s’ennuie quelque peu. Le pompon se révélant être la traversée de la jungle de D’loc-Aloc, censée durer deux mois, qu’on nous présente comme potentiellement pénible. Sauf qu’à la page suivante, hop deux mois d’écoulés, on est sorti. D’accord, les seuls risques réels étaient les moustiques et des femmes très entreprenantes, mais quand même, on se sent un peu lésé quand on nous parle des « milliers de kilomètres de jungle » à traverser en quatrième de couverture.

Après, ça s’active un peu. La traversée du fleuve sur la péniche fortifiée nous rassure. Et nous effraie un peu quand on découvre la nature de l’ennemi et celle de l’allié providentiel. Grand moment what the fuck quand on nous refait le coup des Asservis revenus d’entre les morts. Et ce n’est que le début comme on s’en rendra compte par la suite.

À partir de là, c’est un peu du n’importe quoi quand même. Toubib monte une armée inexpérimentée, mais parvient à rétamer des armées certes peu professionnelles, mais prêtes à aller à la guerre puisque préparant leur invasion. Les Maîtres d’Ombres qui font qui tous le monde mouille ses chausses ne représentent pas une menace si terrifiante une fois sur le terrain. Bref, déception. Le final rattrape un peu le coup, mais c’est bien maigre.

Et le pire, c’est que j’ai même trouvé que le style d’une fluidité exemplaire dans les trois premiers volumes était devenu un peu poussif par moment.

Certes, l’ensemble reste dans la moyenne des récits de fantasy (je lui ai mis 6/10 sur Livraddict), mais après le premier arc formidable, les attentes étaient énormes. J’ai quand même bien aimé les passages où Toubib joue les grands pontes tellement le décalage est savoureux.

Qu’est-ce que j’en tire pour ma Larme Noire ?

Soyez prévenus, on va enfoncer quelques portes ouvertes, mais bon ne perdons pas de vue le côté pense-bête de l’exercice.

Déjà, ne pas rendre la menace trop imprécise. Ici, il y a peu d’enjeu pour les principaux protagonistes. Leur seul motivation à s’enrôler et à monter une armée est de s’ouvrir un passage vers le sud et Kathovar. Comme si notre poignée de rescapés ne pouvait pas réussir à passer les lignes ennemies autrement après tout ce qu’ils ont accompli par le passé… Vu que Gobelin et Qu’un-Œil sont encore du voyage, ça aurait dû être suffisant. Dans mon récit, la menace n’est jamais vraiment explicite. J’avais prévu de la mettre en place d’entrée et cette dernière lecture conforte que c’est nécessaire. Un manque d’enjeux démobilise le lecteur. Et dans un feuilleton, le mot d’ordre est de tenir en haleine.

Rester cohérent avec ce que mes personnages ont pu accomplir dans des circonstances à peu de choses près similaires plus tôt dans le récit. Le point levé ci-dessus l’illustre bien. S’ils ont pu réaliser certains faits auparavant et que rien ne suggère qu’ils ne sont plus capables de le faire, pourquoi ne le font-ils pas ? Par exemple, quand mes chevaliers sont accusés de maltraiter des mendiants, pourquoi ne s’en prennent-ils pas avec davantage de violence aux détenus qu’ils sont en charge d’encadrer par la suite ? J’espère quand même ne pas trop avoir failli en la matière.

Avoir une adversité charismatique. Les Maîtres d’Ombres ne font pas trembler un seul instant. Les scènes où on les voit dans leur tour ténébreuse les rendent même à la limite du risible, à des années lumières de ce que représentaient les Asservis dans la trilogie originelle. On a l’impression de voir une caricature de Dark Evil One tant ils sont pétris de clichés. À garder à l’esprit pour La Larme Noire. Mon « grand méchant » est trop risible. Sa première scène où il est assis tout seul sur son trône en os au milieu de nulle part, en y repensant, c’est quand même un peu ridicule, va falloir sérieusement rendre ça moins caricatural.

Sûrement d’autres leçons à tirer de ce roman, mais que je m’en tienne déjà à ces trois-là (et à toutes les autres déjà évoquées précédemment) et mon texte n’en sera que meilleur.

Maintenant, je poursuis sur ma lancée avec le second tome des Livres du sud : Rêves d’acier. Pour le moment, ça me plait déjà davantage. D’autres ont été aussi déçus que moi par ces Jeux d’ombres un peu insipides ?

Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 1 – La Rose Blanche)

Ce qu’il y a de terrible quand on a l’idée d’un article et que l’on se penche dessus deux ou trois semaines après, c’est que le soufflet retombe un peu en cours de route. À plus forte raison quand l’idée en question vient de sa dernière lecture, que celle-ci fut des plus enthousiasmantes, mais que l’auteur a eu la mauvaise (?) envie d’y donner une suite.

Du coup, je vais faire deux parties, en forme de chroniques de lecture/papiers sur l’inspiration.

Donc commençons par le commencement, c’est-à-dire l’enthousiasme ahurissant qui s’est emparé de moi suite à ma lecture de La Rose Blanche, troisième volume des Annales de la Compagnie Noire, de Glen Cook. L’occasion de replonger dans l’ambiance sombre qui m’a tant accroché dans les deux premiers tomes, lus il y a quelques années.

L’histoire en elle-même, je ne vais pas la décrire, pour ne pas dévoiler ce qui se passe dans le tome précédent. Elle n’est pas follement originale d’ailleurs, malgré le retournement de situation au milieu du livre. Le décor lui, la Plaine de la Peur, vaut à lui seul le détour avec ses menhirs vivants et parlant, ses baleines volantes et ses tempêtes transmuantes. Mais c’est surtout une superbe galerie de personnages hauts en couleurs, charismatiques, que Glen Cook nous propose.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la redécouverte de ce style efficace, concis, direct. Une sacrée claque à vrai dire. Loin des grandes envolées lyriques et des phrases qui se changent en paragraphes, ici tout repose sur phrases et paragraphes courts. Inutile de relire un passage pour comprendre comment s’enchaînent subordonnées et incises. La fluidité est exemplaire (bravo à Alain Robert pour la traduction).

Du coup, ça donne forcément matière à réfléchir pour ma réécriture de La Larme Noire. Ou plutôt confirme la voie que je voulais suivre. Le récit actuel est alourdi par des structures complexes. Les procédés stylistiques qui m’ont éclaté lors de l’écriture ne sont pas forcément adapté à la lecture. Alors il va falloir reprendre pas mal de passage.

Cas pratique sur la version anté-2012. Je prends juste une phrase au hasard dans une scène d’action :

Agissant de concert, les deux groupes de défense démembrèrent la phalange composée vraisemblablement des meilleurs guerriers du peuple difforme avec une aisance déconcertante, leurs adversaires un peu lourdauds ne pouvant rivaliser face à leur efficacité.

C’est symptomatique de ce que je ne veux plus voir dans ce futur feuilleton. Phrase trop longue, lourde, inutilement alambiquée. La lire d’une traite revient presque à oublier son début une fois parvenu à la fin. Appliquons la leçon de Maître Cook :

Face aux défenseurs se tenait l’élite du peuple difforme. Agissant de concert, les deux groupes démembrèrent leurs adversaires. Leur aisance était déconcertante. La lourdeur et l’inexpérience des assaillants ne pesait pas lourd face à une telle efficacité.

Ok, c’est pas encore le top, mais ça donne une vague idée de ce vers quoi je veux tendre.

Autre exemple, un peu plus long, tiré du prologue.

Le jeune garçon leva les mains au ciel, traça dans l’air des signes de chaos en prononçant des incantations impies. Les cieux se chargèrent de terrifiants nuages, sombres comme les abysses des eaux d’Aear.

Les nues se déchirèrent en d’innombrables points de la voûte céleste, telles les gueules de dragons exhalant leur souffle de flammes, et une nuée d’éclairs vint se déverser sur les plaines environnantes, telle un torrent de lave éradiquant toute vie sur son passage.

Hommes et bêtes, habitations et végétation, furent submergés par la déferlante furieuse qui vint s’abattre sur eux sans la moindre déférence. Bannissant vie et non-vie, ce fleuve embrasé semblait charrier la Mort elle-même, fauchant inéluctablement tout ce qui se trouvait malencontreusement entraîné dans son cours infernal.

Lorsque la vague se fut tarie, les terres environnantes n’étaient plus qu’un gigantesque charnier, une nécropole improvisée, sépulcre de l’existence.

Mouais, on voit ce que ça donnait. Après la réécriture d’il y a un mois :

Le disciple leva les mains au ciel. Il traça dans l’air des signes complexes en prononçant des incantations. Les cieux se chargèrent de nuages sombres et terrifiants.

La voute céleste se déchira en d’innombrables points. Les gueules de dragons prêts à exhaler leur souffle semblaient s’y dessiner. Un déluge d’éclairs vint se déverser sur les plaines environnantes. Un torrent de lave éradiquant toute vie sur son passage.

Hommes et bêtes, habitations et végétation, furent submergés par la déferlante furieuse qui vint s’abattre sur eux. Bannissant toute vie, ce fleuve enflammé fauchait inéluctablement tout ce qui se trouvait entraîné dans son cours.

Lorsque la vague se fut tarie, ces terres n’étaient plus que désolation.

C’est mieux, non ?

Naturellement, mon but ne sera pas de copier le style de Glen Cook, mais de me rapprocher d’un style moins axé sur la métaphore, l’hyperbole et la comparaison grandiloquent, mais aller vers quelque chose de plus direct, plus anglo-saxon dans l’approche. Ce sera à vous de me le dire dans quelques mois, une fois que ce sera fait.

À venir, une seconde partie bien moins dithyrambique sur le quatrième tome des Annales de la Compagnie, mais toujours avec de la matière sur laquelle s’appuyer pour ma réécriture.

Patrick Rothfuss, la Fantasy et ma Larme Noire

Je lisais hier cette interview de Patrick Rothfuss [en], dans laquelle, entre autres analyses de ce qui le faisait fuir dans nombre de romans de Fantasy, il listait les cinq clichés que les
auteurs devraient éviter en Fantasy (traduction rapide par les soins de votre serviteur).

  1. Une prophétie. Je ne veux plus jamais lire un roman sur « l’être élu ».
  2. La demoiselle en détresse. J’ai connu un certain nombre de demoiselles dans ma vie. La grande majorité d’entre elle n’avait pas besoin d’un sauvetage.
  3. Des elfes avec des arcs qui vivent dans les arbres. Des nains avec des haches qui vivent dans des grottes. C’était bien quand le Tolkien le faisait, c’était il y a 60 ans. Il est temps d’aller de l’avant.
  4. Des vampires maussades. Toute sorte de vampire devrait probablement être évitée arrivé à ce point. Le genre est quelque peu dépassé.
  5. Des dragons. Comme ci-dessus.

Du coup, petit jeu amusant pour moi : prendre l’actuelle version de La Larme Noire et la comparer à cette liste, tout en voyant si mes idées de corrections étaient bonnes. Vous êtes prêts ?

  1. Une prophétie : paf, y a le Destin qui se terre à tous les coins de chapitres (en exagérant un peu), une prophétie qui parle d’Élus qui s’éveilleront pour aller contrecarrer le retour du Dark Evil One, lui-même se préparant à l’affrontement. On part mal là… Je prévoyais quand même d’atténuer cet aspect dans la réécriture.
  2. La demoiselle en détresse : Là ça va. Peu de personnages féminins dans le récit (Un tort ? Possible à redresser avec la trame ? Me paraît difficile.) Et elles ont de la ressource les bougresses ! Ce serait plutôt elles qui viendraient au secours de mes damoiseaux en détresse.
  3. Elfes blablabla, nains blablabla : Là c’est proche d’un epic fail pour la version à corriger. En plus, les elfes, on ne les voit pas du tout (donc quel intérêt à les évoquer ?) et mes nains sont… barbus et experts dans l’art de la forge. Mais heureusement, il était prévu d’éradiquer les présences, ainsi que celle des hideux et méchants orques. L’honneur était déjà sauf ! Ouf…
  4. Euh c’est quoi cette histoire de vampires ? Confusion Fantasy et bit-lit ? Si c’est pour mettre du vampire façon Ravenloft, honnêtement je ne vois pas le soucis. Je dois manquer de référence en matière de vampires en Fantasy moi…
  5. Des dragons : re-fail. J’espère juste avoir traité son cas avec suffisamment d’originalité pour donner envie à Patrick Rothfuss de lire ma Larme Noire.

Finalement, je ne m’en sors pas si mal. J’arrivais à la même analyse que lui sur ce que je ne voulais plus voir dans ce roman-feuilleton. C’est dingue non ?

Après, rien n’est figé. Peut-être que je voudrais garder mon histoire avec son bestiaire basique. Cela ne permettrait-il pas de conserver les lecteurs peu habitués à la Fantasy, mais qui ont vu sur un écran l’adaptation du Seigneur des Anneaux, de leur offrir une base connue pour se plonger plus aisément dans un nouvel univers ? Un point à explorer plus avant certainement. Tout élément de votre part sera bienvenu pour alimenter la réflexion.

Le mot de la fin, je le laisse au délecteur, puisqu’il résume très bien ma pensée :

Réécriture de La Larme Noire : pour quoi ?

Pourquoi réécrire La Larme Noire ? Pourquoi vouloir lui donner une nouvelle chance ? Et sous quelle forme ?

Ses personnages me manquent. Baldwulf et Brytwin, bien sûr, mais aussi Durnor, Hildor, Deorman, Hückar et tous les autres. J’ai envie qu’ils continuent de vivre, même si pour l’instant ce ne sont pas de nouvelles aventures. Rendre leur existence moins bancale et lui faire gagner en homogénéité. Plus j’avance dans la relecture, plus je me rends compte de la naïveté du style par moment, de sa lourdeur bien trop souvent, mais surtout de la naïveté de certaines scènes ou répliques. Je ne perds pas de vus que la première moitié à été écrite il y a une bonne dizaine d’années, que les bases ont été posées quand j’étais adolescent.

J’ai aussi longtemps voulu que ce récit soit un roman alors que, j’en ai pris conscience il y a quelques semaines, je l’ai conçu tout du long comme une websérie (au moins à partir du chapitre 6). Il m’a paru naturel de focaliser ma réécriture sur un feuilleton et non sur un roman.A priori, il devrait y avoir 6 épisodes au final, mais je n’ai rien arrêté encore. Cela pourrait être 5 ou 7. Tout dépendra de comment avance la réécriture, des nouvelles situations intéressantes à explorer qui se mettent en place, et de celles fort dispensables qui disparaîtront de la version actuelle.

Avec le recul, je me dis que ce récit a du potentiel et je regrette de l’avoir négligé pendant une longue année alors qu’il y avait matière à travailler dessus. Au moins, j’ai gagné un peu de distance pour le contempler d’un regard neuf et sans concession.

Pour le moment, c’est l’épisode 1 qui est en plein chantier. Il regroupera en théorie le prologue, les chapitres 1 et 2, peut-être le 3, selon les développements qui viendront. Le prologue a grossi de 320 mots, la réécriture nouvelle de ce qui correspond au début du chapitre 1 fait 500 mots. C’est ce premier épisode qui va être le plus délicat à écrire : non seulement il devra accrocher le lecteur (mais aussi l’éditeur), mais en plus la base de travail est franchement mauvaise, la partie la plus niaise à mon sens et la plus chargée en name dropping inutile. Il va falloir couper par-ci, rallonger par-là. Et je m’éclate par anticipation !

Cette série (on en vient à mon but ultime), quand elle sera réécrite, relue, corrigée, je la proposerai ensuite à Numeriklivres, pour sa collection 45 min.  À moi de faire des aventures épiques de Baldwulf et ses compagnons un récit haletant au possible pour lui donner toutes ses chances d’être publié dans l’année.

Début de relecture

J’ai commencé la semaine passée la relecture de La Larme Noire, étape préalable à sa réécriture. Je le savais, mais j’ai eu la confirmation qu’il y aurait un travail très lourd sur le texte. Il suffit de jeter un œil à mes tweets en direct de ma redécouverte des chapitres 1 et 2 :

On voit que c’est un sacré retour sur terre qui s’ensuit. Mais le recul est là, avec plusieurs années écoulées depuis l’écriture du début du roman. Beaucoup de pistes pour reprendre tout cela, le moderniser surtout et laisser de côté les influences trop prégnantes.

Et je ne peux résister à l’envie de livrer l’exemple de name dropping évoqué dans le dernier tweet ce-dessus :

Va falloir bosser dur, mais avec le plaisir d’aboutir ce récit qui le mérite vraiment !