All Sinners – Épilogue

Épilogue – La confession de Kieran O’Gara

On pourrait croire que j’ai été très mauvais sur ce coup-là. Incapable de protéger le Boss comme il se doit. Le garde du corps incapable d’empêcher un simple accident lors d’une tempête prévue depuis plusieurs jours. Risible. Mais il faut reconnaître que j’avais toutes les raisons de me montrer inefficace.

En réalité, il n’y a jamais eu de client qui devait venir le rejoindre ce soir-là sur la plage. C’était bidon. Un coup monté de toute pièce par son principal rival. Et je trempais dedans jusqu’au cou.

Le but, c’était de profiter de la tempête pour limiter un temps la propagation de la rumeur de la mort du Boss. La faire passer pour un bête accident. Soutenir un gars du rival, infiltré depuis deux ans dans l’Organisation, et qui aurait fait un successeur plausible. Un passage de témoin en douceur et une fusion entre deux des plus puissantes compagnie de l’île sans que personne ne s’en rende compte.

Je devais rappliquer à la Tour juste après avoir accompli mon forfait. Après l’hélico qui n’a pas pu sortir, mon histoire aurait été crédible. Seulement tout ne s’est pas passé comme prévu et j’ai pris un retard incroyable en cours de mission. Du coup, je pense que le fils du Boss aura le temps de lancer les démarches de succession. Sans le soutien de l’homme de confiance de mon défunt patron, mon soutien donc, la taupe n’a aucune chance face au fiston.

Je me prépare au pire. Je serai le suspect numéro 1. Et ce ne sera pas à tort. Il ne faudra pas longtemps pour que la vérité éclate. Alors j’anticipe ce moment. Au moins je peux encore expliquer librement mes motivations.

Le Boss a toujours été bon avec moi. Il m’a sorti de mon caniveau de Yumington, m’a offert un toit, un costume hors de prix et une formation de tueur-protecteur de premier ordre. Pourquoi moi ? Je ne le saurai jamais. Si je le trahis aujourd’hui, c’est parce que ses idéaux ne sont plus les miens. Il préparait un coup de grande envergure, qui aurait livré Yumington aux mains de l’armée. La loi martiale aurait été déclarée, les ponts coupés, l’île isolée.

Je n’ai pas tout compris à la façon dont il comptait s’y prendre car il a toujours fait en sorte que je ne puisse pas disposer de tous les éléments. Juste des bribes de conversation. Suffisamment pour que je comprenne ce qui pourrait advenir en quelques années.

Yumington m’a adopté quand je suis arrivé d’Irlande sans le sou. Ses quartiers lugubres m’ont offert l’anonymat que j’étais venu y chercher. J’aime cette ville et sa dépravation, et il était hors de question de laisser quiconque lui faire du mal pour satisfaire sa propre ambition.

Alors j’ai pris contact avec le principal adversaire du Boss. Un natif de l’île, pas un étranger venu s’implanter ici pour s’enrichir. Il a compris ce qui m’effrayait. Il a monté ce plan pour sauver le futur de la ville. Une lutte dans l’ombre. Un combat auquel je suis habitué.

La tempête nous a fourni un formidable prétexte. Nous nous en sommes saisi pour en finir au plus tôt.

La suite, vous la devinez. Le Boss n’a jamais quitté la plage. Je l’y ai abandonné, les genoux brisés, la langue tranchée. Je l’ai regardé se débattre quand l’eau a commencé à monter, quand le vent l’a traîné sur le sable. J’ai eu un moment de remord. Je suis allé le récupérer, plus mort que vif. Je l’ai emmené dans un entrepôt au-delà des digues. C’est là-bas qu’il a finalement rendu l’âme. Je crois qu’ensuite un objet s’est détaché et m’a assommé. Je suis resté désorienté quelques temps. Mais tout m’est revenu de façon limpide au cours des dernières heures.

Je crains d’ailleurs que l’homme qui m’a tiré des rues inondées ne soit là pour se débarrasser du seul témoin direct de tout ceci.

Alors il fallait que l’on sache. Que l’on sache pourquoi je serai peut-être mort au moment où se dévoileront ces lignes.

Kieran O’Gara
Le 30 novembre 2012

Dernière contribution pour la TwitterFiction All Sinners, nouveau projet transmedia de Jeff Balek (qu’il qualifie de M.O.R.W.S. pour Multiwriter Online Role-Writing Story, concept qui me plait bien à vrai dire). À suivre du 28 novembre au 2 décembre sur Twitter grâce au hashtag #AllSinners. Mon personnage : Kieran O’Gara, porte-flingue.

Suivez aussi l’intrigue de Jeff Balek (Twitter – Blog), de Michael Roch (Twitter – Blog) et de Jartagnan (TwitterBlog).

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All Sinners – Jour 5 – Scène 3

18h15

Le taxi m’a amené en dehors de Yumington. Au-delà des ponts. Il m’a déposé en hauteur de ceux-ci. Je l’ai laissé partir. Je lui ai même filé deux billets qui me restaient en poche.

La nuit est tombée. Je jette un dernier œil sur la ville qui fut la mienne pendant 30 ans. Je verserais presque une larme. Nouveau départ pour toi mon vieux pote. Peut-être dans ton Irlande natale ?

Adieu Yumington. Tu me manqueras.

Je m’éloigne sans me retourner. Je fais quelques pas, descends la colline. Et me mets à chialer comme un gosse.

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All Sinners – Jour 5 – Scène 2

16h00

Ils en auront mis du temps à arriver. Mais je crois que les voilà enfin. Le silence qui vient de tomber sur la rue est éloquent. J’imagine des touffes d’amarante desséchée qui roulent. Des volets qui se ferment. Je prends mon flingue dans la main. J’enlève la sécurité. Je ne tremble pas. Je suis prêt.

Il me reste 8 cartouches. Je ferai pas long feu. A moins que…

Je joue le jeu jusqu’au bout. Je prends la pose du mec cool qui n’a pas peur de crever. Capable d’encaisser une bonne dizaine de balle dans le bide sans broncher. Je souris à cette idée. Si je tiens aussi longtemps, ce sera un vrai départ en apothéose.

J’arme le Desert Eagle. J’adore ce flingue. Ça me rappelle mon adolescence et les parties sans fin à Fallout. Aujourd’hui, Yumington m’y fait un peu penser. Sofia en aura fait des dégâts.

Le premier gars entre dans le bar. Impossible de le rater avec sa visée laser qui fouille la pièce. Elle ne lui servira pas à grand chose. Je viens de lui en coller une entre les yeux. Je m’imagine avec un flegme à la Bond.

Un bruit derrière moi. Merde, ils entrent par toutes les portes. Y en a combien ? Ça va être plus tendu.

Je roule au sol, fais basculer une table au passage, me planque derrière. Je jette un œil. Deux gars en face. Je tire trois fois. Je touche à deux reprises. Un des gars tombe, l’autre se tient le bras mais fait feu.

Une rafale vient plomber la table. Des échardes volent. Heureusement elle est épaisse. Sans regarder, je balance un pruneau de plus, dans la direction où le type se tenait. J’entends un gargouillis. Poumon perforé.

Ils sont trois au tapis. Il me reste autant de balles dans le chargeur. Et minimum quatre miliciens à refroidir.

Sont pas pro les gars dehors. Je suis déçu. J’ai dû en former certains. Ils hésitent à entrer. J’en profite pour me glisser jusqu’au pistolet mitrailleur du dernier que j’ai buté. Y a une visée laser dessus aussi. Génial ! Je l’active. Je me planque derrière le comptoir que le patron a déserté depuis ma dernière pression. Pas fou.

Je retiens mon souffle, reste sur le qui-vive. J’entends un bruit sur ma droite. Je me redresse brusquement, pointe le laser sur une tête. Je balance une rafale qui scalpe le type. Du coin de l’œil, j’en repère un autre. Je me retourne, fais de nouveau feu.

Ils ne sont pas assez rapides. Je leur aurais passé un sérieux savon si j’étais encore dans mon rôle auprès du Boss. Les situations, ça change très vite au lendemain d’un ouragan. Il devrait rester deux gars encore. Procédure standard d’élimination. On a dû nommer un bleu à ma succession. Une fillette sans estomac, un zigue pas foutu de préparer convenablement l’assaut face à un gars comme moi.

Derrière le comptoir, je vérifie mes chargeurs. Faut pas que je me sois planté sur le compte de mon remplaçant.

Un bruit qui sonne alors qu’un objet métallique roule au sol. Merde, ces cons y vont à la grenade. Je saute par-dessus le bar en arrosant généreusement devant moi. Je vide le chargeur du pistolet-mitrailleur.

Sprint vers la sortie. Je fonce dans le tas. La porte franchie, je plonge au sol, roule sur moi-même.

Tout se passe au ralenti. La balle qui m’explose le genou, celle qui brise mon omoplate. Le souffle de l’explosion et le morceau de béton qui emporte la moitié de la tête d’un des soldats. Les deux balles que je tire en direction du dernier survivant. Qui le ratent. Sa riposte qui frôle mon crâne. Mon ultime tir qui lui traverse la gorge alors que les décombres suite à l’explosion retombent au sol.

Je regarde autour de moi. Des gens de toute ethnie crient. Je ne comprends rien à ce qu’ils braillent. Je suis assourdi par l’explosion. Les acouphènes me vrillent les tempes et me défoncent le crâne.

Je crois que je hurle aussi. De douleur. De joie. Je suis encore vivant. Je gueule. Je veux un taxi. Je menace avec mon flingue. Personne ne sait qu’il est vide. Je m’en fous. On fait ce que je veux.

« Aux ponts » que je gueule sur le chauffeur.

Le pauvre doit pisser dans son futal bon marché. Il obtempère. L’eau a quasiment disparue des chaussées et la circulation est redevenue presque normale.

Je pisse le sang par la jambe et l’épaule. Je me contorsionne pour faire des garrots de fortune. Pendant ce temps-là, le chauffeur s’acquitte de sa tâche avec beaucoup d’application et de regards apeurés.

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All Sinners – Jour 5 – Scène 1

13h30

Je suis en cavale. Tout le monde est heureux dans les rues. La tempête est passée. Pour moi, elle se poursuit. La milice privée du Boss est sur mon dos. On ne m’a pas cru. Pas de témoin, alors forcément, je suis coupable.

Je me suis planqué dans Chinatown. Mais ils ne mettront pas longtemps à me retrouver, je le sens bien. Le patron a toujours eu le bras long dans le quartier. Son fils a pris les rênes de l’Organisation. Cet enfoiré fait encore moins de cadeau que son père. Il m’a dans le collimateur et ne lâchera pas avant de me saisir et d’exercer sa sentence. Ou plutôt la faire appliquer. Je suis bien placé pour le savoir.

14h00

Faut que je bouge, mais je suis lessivé. J’ai bien envie d’attendre mes bourreaux ici. Et d’en finir vite. Me poser au chaud. M’enfiler une dernière bière avant de finir dans la mienne. Que me reste-t-il d’autre ?

Quand ma confession sera en ligne, toute la vérité éclatera et je n’aurai plus d’abri possible. J’espérais quoi ?

Mais bon, y a cette foutue conscience qui piaille et qui m’assomme à grands coups de « T’es un survivant mec ! ». Je contemple le dernier chargeur. Je l’enclenche dans mon Desert Eagle. Bientôt l’heure de mon chant du cygne.

14h30

Je me suis posé dans un bar miteux mais chaleureux de Chinatown. La pression et mon flingue sont sur la table. Je me sens comme dans un mauvais film de série B. Le moment où le « héros » va batailler pour la dernière fois, attendant ses adversaires avec un dernier verre. Le mec cool en somme.

Moi, je suis loin de me sentir détendu. Au moins la bière est fraîche. Ça m’aide à ne pas trop flipper. Faudra pas que ma main tremble tout à l’heure.

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All Sinners – Jour 4 – Scène 3

19h00

J’entre dans la Tour. On me laisse passer. La pluie s’est calmée et l’eau reflue peu à peu hors du hall d’accueil. Les vigiles me regardent me traîner dans le bâtiment. J’ai l’air d’une loque. Ils savent que j’en ai chié avant de rentrer au bercail. Et je suis seul. Le Boss n’est pas rentré, n’a plus donné signe de vie depuis plus de 48 heures. Y a que moi qui puisse savoir ce qui s’est passé. Un des gars m’annonce à l’aide de son oreillette bluetooth. Le comité de bienvenue pourra se préparer comme ça.

La porte de l’ascenseur s’ouvre. Je me glisse dedans et appuie sur le bouton du 26e étage. Affalé contre la paroi, j’attends qu’il me monte. L’heure de vérité approche.

Arrivé à l’étage des bureau du Boss, on vient m’aider à me relever. Ils s’y mettent à deux. Stephan et James si je me trompe pas. Deux bons soldats que j’avais formé il y a 5 bonnes années. c’est que j’en ai passé du temps aux côtés du patron mine de rien. 12 ans de bon et loyaux services. Peut-être que ça jouera en ma faveur lors de mon jugement imminent.

« Ce cher O’Gara. Quel plaisir de vous revoir parmi nous. »

C’est l’autre de merdeux de Matthew, le fils arriviste du Boss. S’il est là, ça va être coton pour m’en sortir indemne. Son ton mielleux n’augure d’ailleurs rien de bon.

« Des nouvelles de mon père ? »

Je suis obligé de lui dire la vérité. Ou presque.

« Je me souviens pas de tout. Il a pris un débris dans la tête. Ça l’a sonné sur le coup. Je l’ai emmené à l’abri, ce que j’ai pu trouver en bordure de la plage. Un vieil entrepôt. Je me suis endormi, épuisé. Quand je me suis réveillé, c’était terminé pour lui. Mes condoléances Matthew. »

J’essaie d’avoir l’air sincère en partageant sa peine. Il me regarde, l’air désolé. Il met la main à sa poche, sort son portable. C’est quoi qui me pend au nez ?

« Kieran, tu m’expliquer pourquoi j’ai reçu ça si tu dis vrai ? » soupire-t-il en secouant la tête.

Je regarde le SMS qu’il me montre.

O’GARA A BUTE TON PERE. NE LUI FAIS PAS CONFIANCE.

Forcément, y a pas de signature. Et le nom de l’expéditeur ne s’affiche pas.

« N’importe qui peut écrire ça. »

C’est tout ce que je trouve à répondre. Défense béton. Le petit Matthew claque des doigts. Stephan et James s’avancent, la main glissant lentement vers leur arme. On dirait deux gars de la SPA qui approchent d’un animal enragé en tentant de planquer un pistolet tranquillisant. Autant dire que je donne pas cher de ma peau désormais.

Le fils de mon défunt patron est encore là, à deux pas de moi. Il sourit comme un gosse qui torture une limace en la recouvrant de chips. Je lui enfonce le sourire dans le visage d’un bon coup de boule. Son nez pisse le sang. Je l’attrape par la gorge, me sers de lui comme d’un bouclier.

« Vous me laissez reculer jusqu’à l’ascenseur, puis quitter l’immeuble, et je vous l’abîme pas davantage. »

Les gars semblent prêts à broncher. Leur nouveau chef leur fait signe d’obtempérer. Courageux, mais pas téméraire mon Matthew. Il ne pipe pas un mot pendant que l’on redescend dans le hall. Les miliciens qui nous attendent là me tiennent en joue. Le gamin leur fait comprendre de baisser leurs armes. Ils obéissent.

« Qu’ils se cassent, tous dans l’ascenseur, et direction le dernier étage. »

La Tour en compte une quarantaine. Le temps qu’ils reviennent dans le hall, je serai loin. J’en vois qui cherche à faire le mariole. Je tire le Desert Eagle que j’avais planqué dans mon dos, coincé à la ceinture de mon jean. Une balle fuse après que j’aie pressé la détente. L’abruti tapisse le mur.

« Jouez pas au con, sinon la prochaine est pour le gamin ! »

Je braque le canon sur la tempe de Matthew. Cette fois-ci, ils ont compris que je ne plaisante pas et que j’irai jusqu’au bout. Alors ils montent dans l’ascenseur et suivent mes directives. Une fois qu’ils sont montés, je me dirige vers la sortie, tenant toujours le gosse en joue.

« Je te retrouverai O’Gara. » qu’il marmonne.

« Je sais. Et je ne t’en veux pas. »

J’ai décidé de jouer dans le mélo à deux balles ce soir. Je sors de la Tour et je le repousse violemment à l’intérieur. Je pars en courant, le flingue à la main, sous le regard médusé des premiers curieux à sortir dans la rue pour contempler la ville sinistrée. L’alerte a été levée et la tempête semble passée. Alors la vie va reprendre petit à petit son cours. Mais pour le moment, celui qui court le plus vite, shooté à l’adrénaline, c’est moi.

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All Sinners – Jour 4 – Scène 2

15h00

Je n’ai plus le choix maintenant. Faut que je tente le tout pour le tout. J’ai détaché la corde du volant de la porte extérieure et je l’ai accrochée à sa jumelle. C’est sas fermé que je me prépare à ouvrir la deuxième porte. Et advienne que pourra. Je teste le volant qui la maintient fermée. Il ne semble pas grippé. Je prends ma respiration. Je fais comme j’ai vu faire dans Le Grand Bleu. Ça vaut ce que ça vaut comme expérience de l’apnée.

Je déverrouille la second porte du sas. Je sens l’eau qui pousse de l’autre côté. Quelques filets commencent à s’infiltrer. Comme dans les films avec les sous-marins qui ont une fuite. Dernière et généreuse inspiration et c’est l’ultime tour de manivelle.

J’ai juste le temps de m’écarter avant que la porte ne s’ouvre violemment et que le flot ne s’engouffre. Je m’y attendais, mais ce prendre un tel cubage en pleine poire, ça secoue généreusement son homme. Avant que tout le sas ne soit submergé, je parviens à me projeter jusqu’à la porte, à m’agripper de toutes mes forces au montant métallique de la porte. Malgré mes gants, je sens la morsure dans ma chair. La pression m’écartèle, je bataille comme jamais pour passer de l’autre côté. Je relâche au passage plus d’air que je ne l’aurais voulu.

La porte franchie, le courant me propulse immédiatement dans la canalisation. Pas le temps de penser que je suis déjà en bout de corde. Pourvu qu’elle tienne le choc. Ce qu’elle fait admirablement. Mes mouvements sont difficiles et lents, mais je parviens à prendre la torche en main. L’eau est dégueulasse, j’y vois pas grand chose. Trouver la bouche d’égout au milieu de ce brouillard liquide, c’est pas gagné.

Je remonte le long de la corde à la force des bras. Je ne peux pas me permettre de perdre du temps. Je lutte contre le courant, je lutte contre mon corps qui veut respirer, je lutte contre la flotte terreuse qui me bouche la visibilité. Je m’arrête une seconde. Je devrais être à peu près au niveau de la bouche d’égout si le zigue de cette nuit ne s’est pas foutu de ma gueule. Forcément, je la vois pas. Par contre, je parviens à distinguer difficilement quelque chose qui m’interpelle. Le flot semble remonter à deux pas en face de moi. On dirait qu’il se scinde en deux. Serait-ce possible ? Après tout, il ne serait pas illogique que les bouches d’égouts aient sauté sous la pression de l’eau. J’ai juste ce qu’il faut de corde pour tenter le coup.

Je pousse sur mes jambes, mais pas assez fort. Je repars le long de la canalisation. Nouvel effort pour revenir à hauteur du courant ascendant. Je me propulse de nouveau, en y mettant tout la force dont je suis capable. Le flux me happe, m’envoie vers le haut. J’appuie sur la sécurité du mousqueton, qui libère la corde, et moi pas la même occasion. Je m’envole.

Ma combinaison racle sur la paroi du conduit qui me mène vers la surface. Je grimace de douleur alors qu’elle se déchire et mon épaule gauche avec. Je vais être bon pour une belle infection si je m’en sors. Mes genoux tapent dans un barreau métallique au passage. Mieux vaut eux que ma tête. J’ouvre la bouche, incapable d’empêcher plus longtemps mes réflexes de commander la respiration. Mes poumons brûlent, ma tête explose. Un cri inaudible monte de gorge, sort de moi en bulles de silence. Je souffre de tout mon corps.

Et je crève enfin la surface de l’eau. J’aspire une petite goulée d’oxygène avant que le courant ne m’emporte de nouveau dans un univers où mon être ne peut pas vivre. Au prix d’un ultime effort de volonté, je bats des pieds pour remonter vers l’air libre. Ma tête s’extrait de l’eau. Mon instinct de survie guide ma dérive pour me mener à un lampadaire où je m’accroche. Il y a plus d’un mètre d’eau. Je jette mes dernières forces pour me maintenir agrippé.

Reprenant mon souffle, j’observe cette ville battue par le vent et les pluies torrentielles. Ce ciel d’un noir d’encre, zébré d’éclair. J’ai la chance d’être protégé du souffle violent qui s’enroule ici où là en spirales. Sinon j’aurais déjà été emporté.

Ce n’est pas évident, mais après quelques minutes cramponné au réverbère, je me sens prêt à tenter de me dégager de là. Je reconnais le quartier où je suis. Dans DollTown, pas loin de la 77e. Je sais par où passer pour rejoindre la Tour de mon ex-patron. En m’accrochant à ce qui n’a pas été emporté, arbre, réverbère, panneau de circulation, feu tricolore, je parviens jusqu’à la ruelle la plus proche. De là, je m’extraie enfin de l’eau pour monter sur une échelle de secours. Je suis trempé. Les trombes qui se déversent du ciel ne me promettent pas une rapide amélioration. Au moins, je suis sauf, et de nouveau en ville.

Le sac que j’ai réussi à ne pas perdre pèse un poids abominable. Je me déleste du plastic inutile que j’avais laissé dedans. Le pain destiné à la bouche d’égout, Dieu seul sait ce qu’il est devenu. La torche a été brisée dans un choc, le smartphone noyé au passage. Heureusement, le Desert Eagle est intact. Je le garde au sec avec ses chargeurs. On a pas fini de causer lui et moi.

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All Sinners – Jour 4 – Scène 1

3h00

Finalement, j’ai avancé plus vite que prévu. j’imagine que l’adrénaline me tient. Pour ce que m’a dit le type qui m’a recueilli, je devrais bientôt atteindre un sas de jonction avec les nouveaux égouts. Dire que j’ai même pas pensé à lui demander son nom en fait…

Quand je serai devant la porte du sas, il faudra que je pense à une solution pour ne pas me faire emporter par l’eau qui va se déverser. Avoir une corde c’est génial. Pouvoir l’accrocher, c’est mieux. Les murs vibrent sous la violence du flot qui s’écoule de l’autre côté. De toute façon, tant que je ne vois pas comment se présente la jonction, impossible de me préparer.

3h25

M’y voilà. Porte solide et circulaire en face de moi. Volant d’ouverture que j’ai essayé de faire jouer et qui me semble relativement grippé. Je m’occuperai de ce soucis là une fois certain de pouvoir ouvrir sans prendre de risque. Rien sur le mur pour m’accrocher. Ni anneau, ni barreau. La seule façon de fixer ma corde, c’est au volant de la porte. Avec le risque qu’elle se referme et ne coup mon amarre. Pas folichon comme possibilité. De toute façon, je suis crevé. Je vais piquer un roupillon et voir après. La nuit porte conseil paraît-il.

11h30

C’est bien plus qu’une sieste que je viens de faire. Je panique un moment en voyant que la torche ne s’allume plus. J’ai dû oublier de l’arrêter en m’endormant. Je change les piles dans le noir. Retour de la lumière. Je ne suis pas plus avancé que cette nuit. Je dois me résoudre à m’attacher au volant de la porte du sas. Je vois pas d’autre solution. J’ai 50 mètres de corde. D’après le gus, une fois franchi le sas, je vais devoir faire 40 mètres en apnée avant de trouver une bouche d’égout. C’est qu’intervient mon nouvel ami Semtex. Un premier essai à 500 g. Si ça suffit pas, je passe direct à 1,5 kg. Si j’ai la force de faire un autre essai, et si je suis encore assez vivant. J’attache corde solidement, à la porte et autour de ma taille. Je prépare le pain de plastic, je règle le détonnateur, sans l’enclencher. Quand tout sera mis en route, j’aurais 30 secondes pour m’abriter.

Je réfléchis. Ca veut dire qu’il faudra que je retienne mon souffle pendant minimum 2 minutes avant d’avoir une chance de reprendre de l’air. T’as de l’espoir mon vieux Kieran.

11h45

Fini de tergiverser. Je pèse de tout mon poids, force autant que je peux et le volant tourne sur son axe. Au début avec un grincement strident, puis avec plus de souplesse. Je respire un grand coup. C’est bien un sas et l’eau ne s’engouffre pas pour le moment. Quand la deuxième porte sera ouverte, ce sera une autre paire de manches. Quand je pense à la pression qui va résulter en l’ouvrant, je me demande comment je vais pouvoir passer de l’autre côté.

Quel con.

13h30

Je suis toujours devant la deuxième porte du sas. J’ose pas ouvrir. Si je m’enferme dans le sas, je vais être sonné dès que l’eau va s’infiltrer. Si je laisse ouvert, impossible de plonger dans le courant.

Mais quel con.

14h15

La première batterie du portable m’a lâché, je viens de la remplacer. Même chose pour les piles de la torche. Va falloir me décider parce que le temps passe et dans quelques heures, l’accalmie annoncée par les bulletins météo devrait être une réalité. Et ce sera pas bon pour ma pomme.

 

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All Sinners – Jour 3 – Scène 2

Peu avant minuit

J’ai passé tout l’après-midi et la soirée à taper mon rapport. Le fichier est dans ma poche, sur une micro-SD. Je l’ai planquée dans un faux pli. Comme ça je suis sûr de ne pas la paumer. J’ai effacé toute trace de l’ordi. J’ai aussi programmé la mise en ligne de tout ce que j’ai écrit. Y aura pas de retour arrière. Quand ça va péter, ça le fera fort et j’aurai intérêt à avoir bien assuré mes arrières.

Je balise sévère. J’ai choisi la vérité. Il n’est plus temps de regarder derrière. Sinon j’effacerais ce que j’ai programmé. Et je me mentirais.

Je me prépare à partir dans les canalisations abandonnées. Je fais le bilan du matos que mon sauveur m’a offert. Smartphone tout terrain, 4 batteries de rechange, combinaison de plongée, tuba, masque et, plus beau que tout, un Desert Eagle flambant neuf pour remplacer les miens, noyés. Chargeurs à gogo. Je suis prêt pour un John Woo. Un sac étanche pour ranger le tout, une lampe torche de plongée et des piles de rechange. Une solide corde d’escalade, une poignée de mousquetons. 2 kilos de Semtex pour le final. Ce type est un vrai malade d’en posséder chez lui. Mais grâce à lui, je suis paré.

Le gus me file un plan dégueux sur lequel il a griffonné des indications pour me guider. Je le remercie. Il me serre dans ses bras en me souhaitant bon courage. Il m’aurait dit « Bon vent », je lui en collais une.

Je déglutis alors qu’il ouvre la trappe vers les vieux égoûts.

« T’es sûr que ça craint rien ? » je lui demande.

Une tape sur l’épaule, un clin d’oeil et un sourire de faux-cul.

« A 70% » qu’il me répond.

Je le sens mal. À défaut d’une meilleure solution pour rejoindre la tour du Boss avant demain en fin d’après-midi, je me lance.

Ca a beau être désaffecté, ça refoule gravement dans cet ancien égout. J’allume la torche. Direction Nord-Ouest. Le bon point, c’est qu’il n’y a pas d’eau. Pas même 1 cm. Le mauvais point, c’est que je me trouve vite bloqué. Ils ont muré solidement le passage. Sûr que je crains rien où je suis. Derrière, ça gronde comme pas possible.

J’imagine à peine la situation à la surface. Et ce sera encore comme ça pour 24 bonnes heures. Le temps dont je dispose pour aller à DollTown, monter dans la Tour, régler les derniers détails. Quand la tempête s’essouflera il sera trop tard pour que j’agisse. J’aurai l’Organisation et les flics au cul,et sûrement les médias en bonus.

Je fais demi-tour. Je braque la torche sur le plan. Comme un con je l’avais pris à l’envers. J’aurais dû prendre une boussole en plus du reste. Au moins ça m’aurait été utile. Vu que le gus a refermé la trappe, je risque pas de pouvoir lui en demander une. Au moins, je me suis rendu compte de mon erreur. Je repars dans l’autre sens.

Pourvu que je finisse par aboutir là où je le souhaite.

Contribution pour la TwitterFiction All Sinners, nouveau projet transmedia de Jeff Balek (qu’il qualifie de M.O.R.W.S. pour Multiwriter Online Role-Writing Story, concept qui me plait bien à vrai dire). À suivre du 28 novembre au 2 décembre sur Twitter grâce au hashtag #AllSinners. Mon personnage : Kieran O’Gara, porte-flingue.

Suivez aussi l’intrigue de Jeff Balek (Twitter – Blog), de Michael Roch (Twitter – Blog) et de Jartagnan (TwitterBlog).

All Sinners – Jour 3 – Scène 1

17h00

Je suis encore trempé, goutte au nez et bide cisaillé. J’arrive pas à me réchauffer. Mais je suis à l’abri.

Y a un taré qui m’a récupéré pendant que je dérivais accroché à une planche en bois. Louée soit sa paranoïa. Le gars, il a construit un bunker sous sa villa de BeachBay, avec tout le confort et groupe électrogène. Il a même un accès d’anciennes canalisations désaffectées. L’eau ne s’y engouffre pas. Je reprends des forces et dès que je le sentirai, je vais tenter le coup. D’après lui, y a moyen de rejoindre DollTown en sécurité.

Son grog fait du bien, les fringues chaudes et sèches que je viens de passer aussi. Le gars me propose du matos. Si je m’en sors, je lui ferai ériger une statue. Faudra au moins ça.

Il me laisse son ordi, je vais en profiter pour coucher par écrit les circonstances de la mort du Boss. Faudra des éclaircissements pour la succession. Et aussi un peu pour sauver ma peau de suspect numéro 1 dans l’histoire. En espérant que l’on me croira…

Mon vieux Kieran, tu t’es vraiment foutu dans la merde là. Heureusement que t’as profité de la vie jusque là.

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All Sinners – Jour 2 – Scène 2

18h15

La mémoire qui revient en brefs éclats (éclairs ?). J’ai dégusté en moins de 24h. Mais moins que d’autres.

Le premier souvenir qui me revienne, c’est le début des rafales. Quelle puissance en développement soudain. Y avait ce type en kite-surf. Il s’éclatait comme pas permis. Certain. Et puis, le vent s’est gorgé d’énergie. La tempête a frappé une 1ère fois. Avec le Boss on a vu la toile échapper au contrôle du gus. C’était effrayant.

La nuit tombait mais on ne pouvait pas rater la toile bariolée de couleurs fluo. Jusqu’à ce que le gars se brise tout contre une tour de DollTown. Flippant. Le Boss a commencé à me tirer par la manche. La peur dans ses yeux.

« On se casse » qu’il m’a dit. Et là, avant que je réagisse, il a sorti son smartphone et appelé l’hélico. Je l’ai regardé avec un air d’incompréhension. L’hélico. Il s’était enfilé un sacré rail avant de partir, non ?

Bref. Les rois du ventilo ont essayé de rappliquer. Forcément, ça a vite bloqué pour eux. Ils l’ont dit. Le Boss les a insultés, menacés. Ils ont rien voulu savoir. L’ont envoyé se faire foutre. Pas tarés les gars. Ils préfèrent prendre le risque qu’on m’envoie les liquider. Ce sera plus propre qu’un crash en hélico.

En plus, le client que le patron devait rencontrer qui annule d’un pauvre SMS. Le Boss était au-delà du furax. Et j’en ai pris pour mon grade, vu que j’étais le seul auprès de lui. Je m’en suis rendu compte à ce moment-là.

Y avait plus un curieux dans les parages. Et la nuit était tombée. « Merde » que j’ai pensé. « Comment on rentre ? ».

Hé ! C’est quoi ce bruit ? Bordel, c’est la fenêtre là-bas qui vient d’exploser. Y a la flotte qui s’engouffre. Suite du récit de ma nuit plus tard. Là faut que je pense à sauver mon cul. Et je sais même pas où je suis…

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