Ecrire un LDVELH : papier ou numérique ? (1)

Aujourd’hui, avec les deux modes de publication que sont l’édition papier et l’édition numérique, tout projet de récit interactif dans lequel se lance un auteur se doit d’envisager le support sur lequel le lecteur-joueur découvrira son texte. Il ne parait pas raisonnable de produire exactement la même forme de récit pour une lecture numérique que pour une lecture papier.

Ce sont forcément des questions qui occupent ma réflexion alors que j’essaie d’écrire mon premier LDVELH (certainement de façon trop ambitieuse sur le papier, ce qui provoque des effets indésirables dans le processus d’écriture, comme vous vous en doutez). Je vais partir du principe que je m’oriente plutôt vers une future publication numérique et donc que je vais penser mon aventure dans cette optique.

Et puis comme je sens que je vais être bavard comme pas possible, je vais faire plusieurs articles sur le sujet. C’est également une façon de faire un premier bilan de ce que j’ai vu et retenu des LDVELH que j’ai lus depuis un an. Ca risque de sonner un peu fourre-tout par moment, mais je vais choisir à chaque fois une thématique de base autour de laquelle organiser mes réflexions. Aujourd’hui :

La Feuille d’Aventure et les dés

 

ldvelh-matosOn a grandi avec nos LDVELH de chez Folio ou Pocket et naturellement, il y a ces incontournables accessoires : la Feuille d’Aventure, le crayon, la gomme et les deux dés. L’écrasante majorité des aventures auxquelles nous avons jouées les utilisent.

Il y a clairement un effet nostalgique qui se fait sentir rien que d’y penser. Personnellement, en tant que lecteur, je reste très attaché à mon équipement (surtout qu’en prime j’ai toujours un tas de feuilles blanches sous le coude pour tracer mon cheminement dans l’aventure).

Pourtant, si le combo liseuse/tablette, feuille de personnage, dés ne m’effraie pas (bien au contraire), j’imagine aisément que cela impose des contraintes trop grandes pour le côté nomade de la lecture numérique. Du coup, il va falloir peut-être me passer de tout ou partie de ce matériel auquel on est tant habitué.

Que faire alors ?

FdA-DestinsIl est évident qu’il va falloir limiter l’utilisation de la Feuille d’Aventure et celle des dés (voire les supprimer totalement). Une série comme Destins/Virtual Reality s’en sort à merveille. La Feuille est très simple (voir ci-contre) et peut être assez aisément mémorisée puisqu’il suffit d’avoir en tête ses 4 compétences, son total de points de vie, son équipement et son argent. L’aspect le plus délicat est peut-être de retenir en prime les mots de passe rencontrés durant l’aventure.

Pas de dés non plus dans cette formidable série. Tout est géré en fonction des choix du lecteur-joueur et des compétences qu’il a choisi pour son personnage, sachant que pour se sortir de situations délicates, il y a souvent deux compétences qui offriront une échappatoire. Si votre personnage meurt, ce sera uniquement parce que vous avez effectué des choix peu judicieux. J’aime beaucoup ce système qui exclut l’aspect arbitraire des morts suite à un jet de dés foireux. Dans Les Sombres Cohortes, trop de morts ont résulté de l’accumulation de mauvais lancers. Dans les Destins, cette mécanique fonctionne au quart de tour et limite très fortement la perte de focalisation sur la lecture-jeu.

Et puis, je crois l’avoir déjà dit par le passé, j’adore, dans cette série comme dans tous les Défis Fantastiques le proposant, la possibilité de personnaliser le “héros” que l’on incarne à l’aide de compétences (ou d’objets comme dans Stormslayer de Jonathan Green). Faire d’autres choix au départ ouvre d’autres possibilités pour mener à bien l’aventure, et je suis très attaché au potentiel de rejouabilité d’un titre, comme pour un jeu vidéo. Naturellement, il faut à tout prix éviter l’écueil de L’Homme au Cheval de Brume, avec sa compétence obligatoire pour pouvoir arriver au terme de l’aventure.

fda-tdnLe Temple du Dieu Néant (bon, mais court avec 53 sections, LDVELH publié par les éditions La Saltarelle) réduit encore plus l’impact de la Feuille d’Aventure, la limitant à deux compteurs et une espace pour lister les notes diverses liées au parcours du lecteur-joueur.

Pas de règles pour jouer, juste de la jugeote pour garder son personnage en vie.

Là aussi, ça passe très bien, mais l’aventure étant courte, cela joue forcément sur le bon fonctionnement.

Les titres proposés par Walrus dans sa collection Rendez-vous au 14 vont même encore plus loin en s’affranchissant totalement de la Feuille d’Aventure. Les situations nécessitant habituellement des jets de dés sont gérées soit via un simple “Pensez à un nombre”, soit via des questions de culture générale ou, mieux encore, liées à la lecture attentive du texte (“Au fait, quelle était la couleur de la voiture qui vous a échappé lors de la filature du début de l’aventure ?”). Efficace. Je me rappelle avoir repris le jeu depuis le début pour repérer trois informations capitales pour poursuivre l’aventure (oui je sais, j’aurais pu tricher, mais c’est moins amusant).

Screenshot_2014-08-09-11-35-00Bien sûr on peut imaginer aussi de proposer (pour les lecteurs-joueurs sur tablette ou smartphone) une application complémentaire gérant la Feuille d’Aventure et les jets de dés. Mais j’imagine bien à quel point l’immersion serait réduite en miette. “Bon allons-y pour ce combat. Je lance l’application. Oh ! J’ai eu une commentaire sur FB, faut que j’aille voir ça !”. Il existe déjà des éditeurs de LDVELH sur tablettes/smartphones qui gèrent très bien l’intégralité du livre-jeu dans une application (l’excellente équipe de Tin Man Games !). Là il n’y a pas de perte d’immersion puisque l’application est en plein écran, on garde la Feuille d’Aventure et les dés, mais tout est géré automatiquement. Il y a malgré tout un côté un peu artificiel à ces lancers (lire à ce sujet la remarque de Dave Morris, auteur de plusieurs titres de la série Destins/Virtual Reality notamment, relayée dans cet article de Fantasy Game Book sur le futur des livres-jeux) et l’on perd le plaisir de faire rouler les désScreenshot_2014-08-09-11-34-43 (avec bien sûr le souffle magique dessus qui permet d’obtenir le résultat tant espéré).  L’aspect un peu spécial, c’est que lorsque je lis-joue un LDVELH de cette nature, je ne prends pas de notes et ne cartographie pas ma progression. Dommage, non ? Et puis la triche reste possible, dans des proportions plus fortes même qu’avec la version papier puisque l’on peut changer ses jets de dés d’une simple secousse au bon moment. Et ça peut vite devenir une habitude… Mais je parlerai plus en détail de tout ceci dans un autre article. Le seul vrai défaut inhérent à la notion d’application, c’est l’enfermement du lecteur-joueur, qui ne peut utiliser l’application que dans l’écosystème lié à sa tablette ou son smartphone. Problème que l’on ne rencontre pas avec un ebook classique au format epub ou mobi.

De mon côté, je reste pour le moment sur une solution façon Destins/Virtual Reality. Une feuille d’aventure simplifiée (même s’il y a encore moyen d’améliorer la pré-version actuelle), pas ou peu de dés (j’aime bien l’idée déjà rencontrée de gérer certaines actions en fonction de l’état de santé du personnage, pour le moment je vois ça via des jets de dés en attendant de trouver moins contraignant). D’ailleurs, en voici un premier visuel en exclu :

preversion-fdaVous pouvez constater que je prévois une carte de la zone d’aventure (je trouve que ça manque souvent dans les LDVELH, à plus forte raison s’il est en version numérique) pour pouvoir s’y référer facilement. Outre la Vitalité, j’ai pour l’instant dans l’idée de gérer deux jauges : celle de Karma (nom provisoire), pour tenir compte des actes du lecteur-joueur, et celle du nombre de jours écoulés, qui tient une place essentielle dans l’aventure. La liste des compétences est également provisoire, tout comme le choix de seulement deux d’entre elles. Des évolutions viendront nécessairement par la suite.

À très bientôt pour la seconde partie, où je parlerai notamment de la gestion des combats. N’hésitez pas à alimenter ma réflexion par vos remarques ou questions !

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6 réflexions sur “Ecrire un LDVELH : papier ou numérique ? (1)

  1. Pour moi l’appli reste la meilleure solution pour les ldvlh numériques. Après je n’ai pas essayé en numérique type epub, donc peut être que je n’imagine pas bien ce que cela peut être. La feuille de perso reste quand même un incontournable a fortiori quand construction de personnage il y a (et suites derrière, type Loup Solitaire) et en effet en numérique à moins d’imprimer la feuille avant, ça me parait difficile.

    Après il existe de très chouettes livre à jouer sans feuille de perso mais à mon avis leur but n’est pas le même. Exemple. J’ai lu zombocalypse now (tin man games) récemment, qui n’a pas de feuille de perso, mais qui n’a pas non plus d’évolution du perso. Les choix que l’on fait sont purement de l’ordre du hasard. Le but du livre est d’être une blague de potache ultra référencée cinéma, clairement pas de construire un personnage. D’où l’absence de feuille de perso.

    Bonne écriture !

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    • Bonnes réflexions !

      Pour ma part, j’aime l’idée de garder potentiellement un livre imprimable, même si on utilise un fichier électronique type epub, du coup il en découle que je trouve dommage d’avoir une histoire qui nécessite une application spécifique pour être jouée, quand bien même une application permet plus de choses (combats et inventaire automatiquement gérés, variables pour faire varier le contenu de l’aventure, par exemple pour déterminer si le joueur est déjà passé à un endroit).

      A contrario, une histoire « imprimable » semblera plus figée, mais sera plus conforme à ce qu’on a dans les LDVELH traditionnels. Et puis, on peut réellement l’éditer avec toutes les solutions d’impression sur demande qui existent !

      Par contre, là où je m’éloigne un peu de l’idée des LDVELH, c’est au niveau des combats, des feuilles d’aventures à gérer. C’est encore exploitable sur un livre papier, mais je vois mal quelqu’un dans un transport en commun, qui profite d’un LDVELH nouvelle génération sur son smartphone, sa liseuse, ou sa tablette, devoir transporter également un crayon de papier, des dés etc. Aussi les pistes évoquées plus haut (se souvenir de la couleur d’un élément, imaginer un nombre etc) sont de vraies bonnes idées pour renouveler un peu le style d’origine.

      Encore une chose, pour ceux qui voudraient vraiment utiliser un système 100 % électronique, et que l’idée d’impression n’intéresse pas, le système Renpy permet de réaliser des choses intéressantes (programmes compatibles windows, linux, mac os x, android, mais pas iOS), sans nécessiter un développement spécifique comme l’on fait Tin Man Game. Il existe également le système Twine (cherchez à twinery dans votre moteur de recherche favori) qui ne sort que du HTML mais gère en javascript les variables, permet de styler avec css son jeu etc. Si on bidouille un peu sur android ou ios il est possible d’intégrer le html dans une application spécifique…

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      • Je poursuivrai justement ma réflexion autour de la gestion des combats et des actions en général.
        Faut que je me fasse un post-it pour penser également à la gestion d’un personnage construit aventure après aventure comme dans LS.
        Merci pour vos réactions, qui donnent matière à poursuivre la réflexion ! 🙂

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  2. Pingback: Ecrire un LDVELH : papier ou numérique ?...

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