A Song of Ice and Fire – 1 : A Game of Thrones ~ George R. R. Martin

Depuis deux bonnes années que je devais le faire, je me suis enfin lancé dans cette désormais célébrissime saga de fantasy. Je dois reconnaître que de longues tergiversations pour choisir entre une lecture en VO ou sa traduction souvent décriée ont retardé le moment de m’y mettre. Mon choix s’est finalement arrêté sur la VO.

Je ne vous ferai pas l’affront de rappeler le pitch du roman…

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Du style et des points de vue

Premier constat, le style est fluide, très direct, très accessible. Le vocabulaire est finalement relativement répétitif et les quelques mots qui m’ont posé problème ne se sont pas révélés pénalisants. Les rares a revenir à plusieurs reprises ont été les seuls nécessitant un passage par le dictionnaire. Rien de bien gênant pour la lecture.

Par comparaison avec la traduction française (j’ai le premier tome dans ma bibliothèque, du coup je me suis amusé à comparer de temps en temps un paragraphe par-ci, un paragraphe par-là), on passe d’un style peu littéraire, reconnaissons-le, à un style hautement littéraire dans notre langue. Les tournures m’ont du coup semblé inutilement alambiquées, là où Martin les a voulu directes, sans fioritures. Cela m’a paru aboutir à des dialogues à la langue fleurie en carton pâte, bien moins sympathiques à lire que la version originale et cadrant parfois bizarrement avec les personnages.

Je pense par exemple au moment où Jon Snow offre à Arya l’épée qu’il a fait forger pour elle et lui dit « Première leçon. Frappe-les d’estoc.« , traduction bien éloignée à mon goût du « First lesson. Stick them with the pointy end.« , beaucoup plus direct et ne faisant pas appel à un vocabulaire spécifique. Ce qui est bien plus logique en s’adressant à une enfant de 9 ans. Bref, je suis satisfait d’avoir choisi la version originale du texte.

La gestion des points de vue m’a semblé fort pertinente et bien traitée, permettant à de nombreux aspects du récits d’être abordés. Certaines focalisations, celle de Sansa par exemple, apportent même un décalage intéressant pour certaines scènes. Celle du tournoi où meurt l’écuyer, fraîchement fait chevalier, de Jon Arryn prend ici une autre dimension, dédramatisée puisqu’il n’est qu’un chevalier inconnu aux yeux de Sansa.

On sent tout l’art du scénario de série que Martin a pu développer au fil des années, le rythme est quasi parfait, le choix de l’ordre des enchaînements entre les personnages savamment étudié. J’adhère totalement ! Et contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, je n’ai pas ressenti de surenchère au niveau des cliffhangers de fin de chapitre. L’ensemble est bien dosé à mon goût.

J’ai passé un super bon moment de lecture, même si ce n’est pas la claque à laquelle je me serais attendu. Peut-être le fait d’avoir vu la série auparavant et de connaître les principaux moments de l’intrigue ?

Des adaptations

le-trone-de-fer-saison-1Quand on pense au Trône de Fer, on pense forcément à son adaptation en série. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire de celle-ci que j’ai posé le pied à Westeros. Globalement, je trouve après lecture que la première saison de la série est plutôt fidèle aux intrigues développées dans ce premier tome de la saga. Certes les personnages sont physiquement différents de ce que j’aurais attendu, mais cela ne pose pas de problème, d’autant que les acteurs tiennent parfaitement la baraque. Par contre, certains personnages m’ont attiré davantage de sympathie dans la série que dans le roman, les scénaristes de celles-ci leur ayant donné plus de présence que la narration de Martin (je pense par exemple à Littlefinger).

Je ne reviendrai pas sur les libertés prises par la série, on trouvera sans soucis des articles en traitant en long, en large, en travers, et avec une analyse plus fine que ce que je pourrais proposer.

bd-le-trone-de-fer-volume-1Plus proche du roman, l’adaptation en bande dessinées est tout à fait convenable. J’ai lu les premiers épisodes juste après avoir lu le roman et honnêtement, je m’y suis beaucoup plus retrouvé au niveau du contenu. Par contre, j’ai eu l’impression que de nombreux détails, de nombreuses transitions manquaient pour une bonne compréhension de la bande dessinées. À plusieurs reprises, je me suis dit que si je n’avais pas lu le roman, je me serais demandé où je vais. Le style graphique m’avait rebuté au premier feuilletage, mais on s’y fait.

En conclusion : la série est plus compréhensible, les acteurs y ont des gueules qui donnent du caractère aux personnages et les rendent attachants. La bande dessinée colle plus près au texte (quelle femme cette Cat dans le roman graphique, bien plus proche de l’image qu’en donne le roman), mais gère mal ses enchaînements.

Où l’on atteint le point Larme Noire de cette chronique…

Les habitués des lieux l’ont certainement remarqué lors de précédentes chroniques, par moment, j’aime bien enchaîner avec les enseignements tirés pour mes propres projets.

J’avais évoqué lors de mon retour de lecture de la formidable Horde du Contrevent mon envie de proposer un récit à multiples narrateurs pour La Larme Noire, histoire de permettre à certains personnages d’exister davantage. Là, contrairement à ce qu’avait proposé Alain Damasio avec des focalisations internes à la première personne, Martin nous propose des focalisations internes à la troisième personne, et cela fonctionne très bien je trouve.

Le nombre limité de focalisations est également un plus pour A Game of Thrones. Le découpage en chapitres nommés selon le personnage que l’on va suivre, permet de tout de suite savoir où l’on est, quelle partie de l’intrigue va (a priori) avancer. Dans La Horde, il faut un temps pour bien cerner qui parle à quel moment, mais l’assimilation de chaque symbole est quand même rapide. Cependant, traiter un grand groupe de personnages comme celui de La Horde est certainement plus adapté au choix de la première personne.

Je garde l’idée des focalisations internes à la troisième personnes, qui pourrait trouver tout son intérêt à partir du troisième épisode, et même dès le premier. À vrai dire, elle se présente comme un choix incontournable si je veux gérer les choses comme je le souhaite.

Les idées s’affinent peu à peu, et c’est bien bon…

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Une réflexion sur “A Song of Ice and Fire – 1 : A Game of Thrones ~ George R. R. Martin

  1. Tu dis que Martin a un nombre de points de vue limité, mais c’est surtout valable pour le premier tome…après, il y a clairement inflation, ce qui nuit au rythme (enfin, moi ça ne me dérange pas car j’aime bien les personnages mais bon…).

    J’ai moi même opté pour une narration en focalisation interne à la 3e p. sur mon TdT. Je me suis rendu compte que l’art de Martin là dessus, c’est aussi la façon dont les points de vue s’entrechoquent, se séparent, se retrouvent. Ce n’est pas si simple à mener d’autant qu’on sent que Martin n’a pas tout prévu (et comme j’ai tendance à bosser comme lui…), ce qui fait que le risque de perdre le lecteur en digression sur l’univers/les persos est réel.

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