La Compagnie des Bras Cassés (Episode 10)

Edit : Cet article a été initialement publié le 3 avril 2006.

La Compagnie des Bras Cassés

Épisode 10 : Où l’on parcourt de sombres souterrains

Vers l’Épisode 1…

Ils étaient tous cinq à l’entrée des cavernes du grand chêne. Halkadim les avait conduits, avant de les laisser au pied de l’arbre millénaire. Depuis plusieurs minutes, ils contemplaient l’arche végétale qui s’ouvrait sur d’impénétrables ténèbres. Pourtant ils allaient devoir y entrer. Habalorm déglutit. Pâle comme un cadavre d’orque, il fut le premier à s’avancer dans l’obscurité. Nos quatre héros se résignèrent à lui emboîter le pas, bien aidés par les murmures que les arbres émettaient, alors que le soir posait ses nuances grisâtres dans les cieux.

Pendant quelques temps, la lumière du jour déclinant éclaira un peu leurs pas. Puis ce fut la nuit.

— Quelqu’un a pensé à prendre une torche ? demanda Nœil.

Un rideau d’ombres opaques les enserrait. Ils ne voyaient rien. Chacun se rattachait à un pan de vêtement de celui qui le précédait. Seuls les sons de leurs respirations et de leurs pas hésitants parvenaient à leurs oreilles. Une odeur de mousses défraîchies et un goût de pourriture envahissaient leurs sens.

— Alors ! Vous répondez ? insista Nœil, la voix tremblante.

— Pas moi !

— Pas moi…

— Je n’y ai pas pensé…

— Mmmmmmmmm ! marmonna Resei.

— Gnihihi !!! fit une voix aiguë devant eux.

— C’est quoi ça ? demanda Hoops.

On entendit un curieux bruit de succion quand Habalorm tenta de sonder l’espace devant eux. Le bûcheron émit un cri dégoûté en posant la main sur une immonde substance gluante et suintante. La matière écœurante frémit à ce contact.

— Je ne sais pas ce que c’est, commenta Habalorm, mais c’est vraiment infect !

— Et toi alors ! T’as fini de me peloter ! se plaignit la voix anonyme.

Le bûcheron fit un bond en arrière, bousculant Qwar qui se tenait dans sans dos, sans lâcher le corps mou et dégoulinant d’humeurs collantes.

— Euh… Désolé mademoiselle.

— Madame, s’il vous plait ! Un peu de respect jeune homme ! Jamais on ne m’a traitée de la sorte en près de six mille ans d’existence ! Et veuillez lâcher mon tentacule. C’est très inconvenant de votre part. Je plains votre pauvre mère d’avoir enfanté un tel goujat !

Habalorm s’exécuta, penaud, tandis que ses compagnons étouffaient tant bien que mal leurs gloussements moqueurs. Nœil prit la parole.

— Si vous pouviez nous éclairer sur votre nature, nous vous serions reconnaissants, ma Dame.

Le barde avait à peine achevé sa phrase, qu’une vive lueur verdâtre les éblouissait, révélant la créature qui se tenait dans le souterrain face à eux. Dans toute la splendeur de ses difformités. Elle possédait un corps de femme grotesque, couvert de boursouflures purulentes. Chacun de ses six bras se terminaient par autant de tentacules qui fouettaient l’air de façon désordonnées. Son torse s’achevait lui-même en un appendice quelque peu phallique au bout duquel s’ouvraient une bouche garnies de crocs et deux petits yeux porcins. Resei ne put retenir une grimace de dégoût. Il fut gratifié d’un regard d’une telle noirceur qu’il en frissonna d’effroi.

— Je suis Gnagnatotep, la sœur du Grand Keuteylhay. Et vous, petits hommes succulents, qui êtes-vous pour vous introduire dans notre éternelle demeure ?

Une immonde langue putréfiée passa sur les contours de sa bouche terrifiante, et une lueur vorace éclaira son regard. Les cinq dîners potentiels n’osaient rien dire, restaient pétrifiés d’horreur. Hoops, une fois n’étant pas coutume, prit la parole en premier.

— Est-ce que tu peux baisser la lumière s’il te plaît madame ?

— Pardon ?

— Ben ouais, vous êtes vraiment lai…

— Ce que mon compagnon cherche à dire, l’interrompit prestement Habalorm, c’est que votre beauté, associée à un tel éclat, nous éblouit avec tant de vigueur que nos yeux ne peuvent demeurer grand ouverts !

— Je comprends, répondit Gnagnatotep en ne conservant qu’un éclairage tamisé. Mais cela ne me dit pas ce que vous faites dans les cavernes du grand chêne.

— Nous rendons visite à votre auguste frère, pour… euh… pour lui offrir des présents très rares.

— Quel genre de présents ?

Habalorm fit signe à Hoops de le rejoindre. Il lui demanda de sortir de sa besace son objet de plus grande valeur. Le voleur exhiba le plus inattendu des objets. Un simple bâton. Habalorm poussa un soupir désespéré, alors que la créature regardait le bout de bois anodin avec suspicion.

— Qu’est-ce donc ? interrogea-t-elle.

— Je sais pas. J’ai trouvé chez Zorglabak le Dieu Ténébreux, quand on a délivré la princesse Sirieldhil. Ça doit être un puissant objet magique. C’est obligé. C’est peut-être le fameux Manche à Balai Musical des Gnomes lubriques de la phallosylve du Grand Océan.

— Lubriques ? Phallosylve ? Voilà qui doit être intéressant ! remarqua Gnagnatotep avec malice. Suivez-moi ! Je vais vous conduire à mon frère.

Peu rassurés, ils suivirent la sœur du démon marin à face de bigorneau. Elle les guida à travers le dédale des souterrains. Ils traversèrent d’innombrables galeries, d’immenses salles aux concrétions calcaires impressionnantes, firent des tours et détours qui leur donnèrent le tournis. Après ce qui leur parut une éternité, Gnagnatotep leur annonça que la prochaine salle abritait la chambre de son frère, le grand dormeur éternel…

Publicités

8 réflexions sur “La Compagnie des Bras Cassés (Episode 10)

  1. Excellent! Le début j’étais morte de rire (le coup de la torche) parce que ça m’a renvoyé à une série que j’ai et à laquelle j’suis accro: Kamelot! hé, hé (je sais c’est très "basique" mais j’adore)Bon lundi et super pour commencer la semaine ça!

    J'aime

  2. Et bien il me tarde de lire la suite!Je suis comme Zordar, cet épisode est bien réussi ;-)J’imagine la créture et  une moue de dégout se dessine sur ma figure lol Elle est vraiment immonde!!!Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzz et bonne  fin de journée ami Baldsugi la fourmiz

    J'aime

  3. Pingback: Semaine 31- La revue de Web « Agaboublog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s