Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 1 – La Rose Blanche)

Ce qu’il y a de terrible quand on a l’idée d’un article et que l’on se penche dessus deux ou trois semaines après, c’est que le soufflet retombe un peu en cours de route. À plus forte raison quand l’idée en question vient de sa dernière lecture, que celle-ci fut des plus enthousiasmantes, mais que l’auteur a eu la mauvaise (?) envie d’y donner une suite.

Du coup, je vais faire deux parties, en forme de chroniques de lecture/papiers sur l’inspiration.

Donc commençons par le commencement, c’est-à-dire l’enthousiasme ahurissant qui s’est emparé de moi suite à ma lecture de La Rose Blanche, troisième volume des Annales de la Compagnie Noire, de Glen Cook. L’occasion de replonger dans l’ambiance sombre qui m’a tant accroché dans les deux premiers tomes, lus il y a quelques années.

L’histoire en elle-même, je ne vais pas la décrire, pour ne pas dévoiler ce qui se passe dans le tome précédent. Elle n’est pas follement originale d’ailleurs, malgré le retournement de situation au milieu du livre. Le décor lui, la Plaine de la Peur, vaut à lui seul le détour avec ses menhirs vivants et parlant, ses baleines volantes et ses tempêtes transmuantes. Mais c’est surtout une superbe galerie de personnages hauts en couleurs, charismatiques, que Glen Cook nous propose.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la redécouverte de ce style efficace, concis, direct. Une sacrée claque à vrai dire. Loin des grandes envolées lyriques et des phrases qui se changent en paragraphes, ici tout repose sur phrases et paragraphes courts. Inutile de relire un passage pour comprendre comment s’enchaînent subordonnées et incises. La fluidité est exemplaire (bravo à Alain Robert pour la traduction).

Du coup, ça donne forcément matière à réfléchir pour ma réécriture de La Larme Noire. Ou plutôt confirme la voie que je voulais suivre. Le récit actuel est alourdi par des structures complexes. Les procédés stylistiques qui m’ont éclaté lors de l’écriture ne sont pas forcément adapté à la lecture. Alors il va falloir reprendre pas mal de passage.

Cas pratique sur la version anté-2012. Je prends juste une phrase au hasard dans une scène d’action :

Agissant de concert, les deux groupes de défense démembrèrent la phalange composée vraisemblablement des meilleurs guerriers du peuple difforme avec une aisance déconcertante, leurs adversaires un peu lourdauds ne pouvant rivaliser face à leur efficacité.

C’est symptomatique de ce que je ne veux plus voir dans ce futur feuilleton. Phrase trop longue, lourde, inutilement alambiquée. La lire d’une traite revient presque à oublier son début une fois parvenu à la fin. Appliquons la leçon de Maître Cook :

Face aux défenseurs se tenait l’élite du peuple difforme. Agissant de concert, les deux groupes démembrèrent leurs adversaires. Leur aisance était déconcertante. La lourdeur et l’inexpérience des assaillants ne pesait pas lourd face à une telle efficacité.

Ok, c’est pas encore le top, mais ça donne une vague idée de ce vers quoi je veux tendre.

Autre exemple, un peu plus long, tiré du prologue.

Le jeune garçon leva les mains au ciel, traça dans l’air des signes de chaos en prononçant des incantations impies. Les cieux se chargèrent de terrifiants nuages, sombres comme les abysses des eaux d’Aear.

Les nues se déchirèrent en d’innombrables points de la voûte céleste, telles les gueules de dragons exhalant leur souffle de flammes, et une nuée d’éclairs vint se déverser sur les plaines environnantes, telle un torrent de lave éradiquant toute vie sur son passage.

Hommes et bêtes, habitations et végétation, furent submergés par la déferlante furieuse qui vint s’abattre sur eux sans la moindre déférence. Bannissant vie et non-vie, ce fleuve embrasé semblait charrier la Mort elle-même, fauchant inéluctablement tout ce qui se trouvait malencontreusement entraîné dans son cours infernal.

Lorsque la vague se fut tarie, les terres environnantes n’étaient plus qu’un gigantesque charnier, une nécropole improvisée, sépulcre de l’existence.

Mouais, on voit ce que ça donnait. Après la réécriture d’il y a un mois :

Le disciple leva les mains au ciel. Il traça dans l’air des signes complexes en prononçant des incantations. Les cieux se chargèrent de nuages sombres et terrifiants.

La voute céleste se déchira en d’innombrables points. Les gueules de dragons prêts à exhaler leur souffle semblaient s’y dessiner. Un déluge d’éclairs vint se déverser sur les plaines environnantes. Un torrent de lave éradiquant toute vie sur son passage.

Hommes et bêtes, habitations et végétation, furent submergés par la déferlante furieuse qui vint s’abattre sur eux. Bannissant toute vie, ce fleuve enflammé fauchait inéluctablement tout ce qui se trouvait entraîné dans son cours.

Lorsque la vague se fut tarie, ces terres n’étaient plus que désolation.

C’est mieux, non ?

Naturellement, mon but ne sera pas de copier le style de Glen Cook, mais de me rapprocher d’un style moins axé sur la métaphore, l’hyperbole et la comparaison grandiloquent, mais aller vers quelque chose de plus direct, plus anglo-saxon dans l’approche. Ce sera à vous de me le dire dans quelques mois, une fois que ce sera fait.

À venir, une seconde partie bien moins dithyrambique sur le quatrième tome des Annales de la Compagnie, mais toujours avec de la matière sur laquelle s’appuyer pour ma réécriture.

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2 réflexions sur “Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 1 – La Rose Blanche)

  1. Sans vouloir avoir l’air de chipoter pour chipoter : dans le dernier extrait, notamment, j’ai presque l’impression que l’épuration est poussée à l’excès. L’accumulation de phrases trop courtes ne risque-t-elle pas de saborder leur efficacité laconique ? Le second paragraphe, par exemple, s’il avait au moins une fois ou deux des virgules à la place de points, me semblerait moins haché, sans être non plus alambiqué ou rococo. Un juste milieu me semblerait nécessaire, mais, je le précise bien que cela coule de source, ce n’est évidemment qu’une opinion personnelle. 🙂

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    • Je suis d’accord avec toi sur la nécessité de trouver un juste milieu. Ces extraits comparés sont surtout là pour donner un exemple de mon envie sur le passage « Avant »/ »Après ». Sombrer dans l’excès inverse serait une erreur monumentale. Je ne veux pas perdre le côté épique et lyrique de certains passages.

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