Ateliers d’écriture 2009 (Episode 1)

Petit compte rendu, comme promis, de ma première séance d’atelier d’écriture cette année.

17 participants, y compris l’animatrice de l’atelier. Après que chacun se soit présenté succintement, et une présentation de l’atelier (de laquelle ressort aussi le fait qu’au terme des six séances, un mini recueil contenant les textes de chacun sera micro-édité et que nous en aurons tous deux ou trois exemplaires 🙂 ), début avec un échauffement. Le thème de cette première séance était « le printemps » (alors que le groupe du jeudi a travaillé sur l’hiver). Mise en ambiance avec un court poème de Gérard de Nerval (Avril) et un extrait de Maupassant tiré de Une Vie. Tous deux joueront un rôle par la suite, comme vous le verrez…

Echauffement donc, disais-je, avec un léger brainstorming sur le thème du jour : écrire une dizaine de mots ou expressions que nous évoque le printemps. Tour de table, et chacun sélectionne deux mots de sa liste qui sont notés sur des petits papiers.

Vient ensuite l’exercice du jour, écrire un texte sous les contraintes suivantes (pas nécessairement en rapport avec le printemps) :

  • débuter par le premier vers du poème Avril : Déjà les beaux jours, la poussière

  • utiliser au fur et à mesure de son texte les mots prononcés par l’animatrice, tiré au hasard parmi ceux notés lors de l’échauffement

  • terminer son texte par la dernière phrase de l’extrait de Maupassant : il pleuvait de la lumière à travers la verdure encore grêle.

Vint enfin le moment fatidique, le moment craint par-dessus tout : la lecture de son texte. Il faut reconnaitre que je suis un piètre lecteur à l’oral et que le résultat est systématiquement catastrophique ! Enfin bon, j’ai joué le jeu…

Bien entendu, j’étais le seul à m’être aventuré sur le sentier de l’imaginaire, et mon texte m’a valu pour tout commentaire « C’est… original », chose qu’il n’est pas à mon sens, mais bon… Il faut bien dire qu’il n’est pas exceptionnel. Et puis la conclusion ne cadre pas avec ce qui précède, mais tant pis. Je verrai comment faire pour le corriger et rendre ce « verdure encore grêle » plus cohérent avec le reste.

La prochaine séance est dans une semaine et demi, et d’ici là il faudra que je réfléchisse à savoir si je fais de l’imaginaire ma marque de fabrique dans l’atelier, quitte à déplaire à la majeure partie du groupe, ou si j’en profite pour m’essayer à une écriture plus « réaliste », exercice qui finalement ne serait pas inutile.

Accessoirement, je vais peut-être participer à un second atelier d’écriture, qui se tiendra le mercredi soir celui-ci, mais j’ai déjà raté une séance et ne peux pas participer à celle d’aujourd’hui, j’attends donc une réponse de l’animateur pour savoir si je vais pouvoir débuter à la troisième séance ou pas.

En tout cas, ça reste une expérience très enrichissante. J’en suis ressorti avec plein d’idées avec lesquelles j’auraient pu aborder cet exercice, d’une façon différente de celle que j’ai choisie et de celles choisies par les autres participants, tout en m’enrichissant de leurs propres choix et styles.

Trève de blabla, je vous laisse en compagnie du résultat que je trouve honnêtement d’une banalité assez affligeante de la séance de samedi dernier. Mais au moins, j’ai écrit !

Déjà les beaux jours, la poussière se déposait en fine couche sur la pèlerine du voyageur. Il faisait sec depuis près de deux semaines et la morsure des grains sur ses yeux était cuisante. Des larmes glissaient régulièrement des deux émeraudes qui illuminaient d’habitude son regard. Sa bouche aspirait à quelques gouttes d’eau mais, depuis la veille, il ne lui restait rien pour se désaltérer.

Que n’aurait-il pas donné pour être dans sa forêt natale, contempler l’envol d’un papillon dans la rosée nacrée du matin. Sa famille lui semblait si loin désormais.

Il portait sur ses frêles épaules le projet fou de tout un peuple. Vivre sur une nouvelle terre. Lui seul avait eu le courage de partir et de vérifier si les textes anciens étaient vrais. La palette de ses dons l’aurait de toute façon fait désigner comme le seul apte à accomplir cette tâche insensée.

Mais l’énergie commençait à lui manquer après des jours de privation. Une simple nuit à respirer la douce brise, assoupit entre les racines millénaires d’un vieux chêne lui aurait redonné l’ardeur de poursuivre. Sous les frondaisons si denses de son village, il aurait pu sans mal se protéger de cette luminosité qui, il le savait désormais, finirait par lui ôter la vue. Il commençait à s’y résigner.

Ses vêtements flottants devinrent vite traîtres. La poussière et le sable s’y engouffraient pour mordre sa chair, et l’air brûlant y trouvait un refuge parfait.

Pour se redonner du courage, il repensa au regard diapré de sa promise. Il avait accepté de partir pour elle aussi. Issu d’une caste inférieure, il ne pourrait prétendre autrement obtenir sa main. De sa réussite dépendrait leur union.

Loin d’avoir l’effet escompté, ce souvenir le plongea dans une profonde langueur. Ses gestes devenaient hésitants. La tête lui tournait. Il s’effondra au sol.

Quand il reprit conscience, il ne sut dire combien de temps s’était écoulé. Il lui semble s’éveiller dans une agréable chrysalide de fraîcheur. Il sortit avec lenteur du cocon de feuilles qui l’enserrait. Une douce senteur de glycine flottait dans l’air. L’odeur lui rappela son enfance. Il se crut revenu chez lui.

Mais les bruits qu’il pouvait entendre lui étaient étrangers. Malgré le fait qu’on l’ait sauvé, il ne se sentait pas en confiance dans ce lieu inconnu.

Un homme entra dans son champ de vision. Il avait le visage plein de charme d’un patriarche rassurant. Quelque chose dans la sincérité de son regard appelait à remettre sa vie entre ses mains.

Le voyageur se redressa et le salua. Un peu plus conscient de son environnement, il reconnut la fraîcheur matinale d’une forêt. Mais ce n’était pas sa forêt. Les senteurs y étaient plus fortes, plus entêtantes. Le chant des oiseaux y résonnait avec davantage de vigueur. Les arbres étaient plus grands, plus vieux que tout ce qu’il avait connu dans ce monde.

Une vague d’optimisme le submergea alors qu’il prenait conscience qu’il pouvait avoir trouvé le lieu qu’il cherchait. Il imaginait déjà le babil assourdissant des futures enfants de son peuple.

Le seul soucis était que cette terre était déjà occupée et que trouver une zone pour s’implanter deviendrait bien vite une véritable aventure forestière.

Il s’essaya à quelques pas sur le tapis vert clair des feuilles humides, chancela un instant avant de trouver son équilibre. Il inspira profondément et fut surpris par la singulière odeur que le vent lui porta. Une légère brise marine. C’était donc le lieu des textes anciens. Le voyageur sourit au patriarche, qui lui rendit son sourire. Assurément, leurs deux peuples sauraient cohabiter.

Plein d’espoir, il s’engagea vers l’Océan, traversant la sylve. Tout autour de lui, il pleuvait de la lumière à travers la verdure encore grêle.

Publicités

4 réflexions sur “Ateliers d’écriture 2009 (Episode 1)

  1. tant mieux si la prise de contact a été bonne
    d’expérience si tu souhaites continuer dans l’imaginaire pour exercer ta fibre libre à toi de tourner les consignes à ton avantages le groupe finira par s’y habituer et même s’étonner si tu contournes ta propre règle ! il en redemandera ! C’est ce qui s’est passé avec un participant qui ne lisait que de la fantasy à un atelier que j’ai suivi et à un autre où j’ai participé en forçant tout le monde à suivre mon ébauche de roman de SF… tu verras ils s’y feront

    maintenant libre à toi de faire dans le plus classique pour t’y essayer… reste à te faire plaisir avant tout !

    J'aime

  2. Je suis surprise par l’accueil façon "c’est… original" réservé à ton texte.
    Ca me rappelle quand on dit "c’est spécial" au sujet d’un plat qu’on goûte, si tu vois ce que je veux dire. Je n’aurais jamais cru que les ateliers d’écriture étaient "réservés" à la littérature blanche.
    Y a-t-il des amateurs de polar ou d’horreur, ont-ils aussi droit à un "c’est original" ? Ou bien l’atelier n’est-il fréquenté dans une très grosse majorité que par des amateurs de littérature générale et réaliste ?

    J'aime

  3. Sachant que je suis parmi les plus jeunes à participer à l’atelier, il y a en effet une forte proportion d’amateurs d’une littérature plus généraliste. Tous les textes présentés étaient relativement ancrés dans le quotidien et transcrivaient bien souvent des sensations quotidiennes, dans des styles divers et plaisants.
    C’est sûr que du coup, je faisais un peu tache dans le décor avec mon héros-de-tout-un-peuple-hyper-original-en-fantasy… :-p
    Mais bon, comme tu dis Elvys, je pense qu’il vaut mieux s’accrocher à son style et ses attaches littéraires, et amener les autres à partager son enthousiasme pour l’imaginaire. Après tout, il faut bien reconnaitre que ce texte n’est pas très bon malgré tout, et ne fait pas honneur à ce genre merveilleux qui nous enchante tellement ! 😉
    A moi d’être meilleur la prochaine fois, si je veux obtenir autre chose que de "l’originalité" !

    J'aime

  4. Pour rebondir à la fois sur l’article et les coms fort intéressants, ça me rappelle quand j’ai fait ma formation d’infographie où j’étais le seul dans mon groupe à avoir abordé l’imaginaire et la fantasy pour mon book. Au milieu des "modes et travaux", "voyage et tourisme" pour la plupart des nanas, et les "auto-moto" ou "chasse et pêche" des mecs, ça faisait un peu désordre, inutile de dire que je suis vite devenu l’uluberlu de service, hi hi !!!
    N’empêche qu’au dernières nouvelles, avec un pote qui avait choisi la photo et un autre qui s’était axé sur le design moderne, je suis un des trois survivants à poursuivre dans la voie de l’infographie aujoud’hui. Alors courage camarade, suis ta route, suis ton chemin, tu as tout mon soutien, hé hé !!!
    Amicalement, Adû

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s