Rashômon et autres contes

Ce bref recueil regroupe quatre nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa (1892-1927). Le ton y est tour à tour fantastique et réaliste, mais toujours proche de celui du conte. Passons en revue les divers récits.

Rashômon : Un homme de basse condition s’abrite de la pluie sous la Porte Rashô, juste à côté d’un charnier. Il pense aux deux éventualités qui s’offrent à lui maintenant que son patron l’a congédié : mourir de faim ou se faire voleur. La rencontre d’une vieille femme arrachant les cheveux des cadavres lui donnera la réponse à son dilemne.
Une nouvelle au dénouement cruel, avec une ambiance très particulière, assez malsaine.

Figures infernales : Yoshihidé, peintre étrange et orgueilleux, de mauvaise réputation, se voit confier par le Seigneur de Horikawa la tâche de créer un paravent, le Paravent des Figures infernales. Avec une puissance évocatrice rare, Yoshihidé achèvera de le peindre, ne reculant devant aucune perversion pour retranscrire les souffrances des damés…
C’est la nouvelle que j’ai préféré dans ce recueil. Machiavélique à souhait, elle retranscrit parfaitement les extrémités que certains artistes n’hésitent pas à atteindre pour apporter à leur oeuvre la précision qu’ils souhaitent lui offrir. La tension monte progressivement, jusqu’à atteindre un paroxysme quasi hypnotique. Rien que pour cette nouvelle, ce recueil vaut la peine d’être découvert !

Dans le fourré : Un homme est retrouvé mort. Les témoignages sont multiples et divergents. Qui dit la vérité ?
Une approche originale, puisque les diverses versions de l’événement apportent de nouveaux éléments à cette affaire à mesure que se déroulent les dépositions. Jusqu’à l’ultime témoignage. La vérité se pare de masques divers, et au bout du compte on s’interroge sur ce qui s’est réellement passé.
On a une succession de dépositions, mais pas de conclusion de la part du Lieutenant Criminel. Tout reste ouvert, même si la dernière version, la plus inattendue de cette enquête, devrait être la plus proche de la vérité…

Gruau d’ignames : Un officier du cinquième rang, auquel nul ne prête vraiment attention, sauf pour se moquer de lui, n’a qu’un rêve pouvoir manger du gruau d’ignames jusqu’à en être repu.
Une nouvelle curieuse et passionnante. Les quelques éléments fantastiques sont savamment distillés, et conservent un certains mystère. Sont-ils réels, ou simplement un jeu supplémentaire utilisant la naïveté de cet officier ? J’ai beaucoup aimé cette nouvelle aussi.

En résumé, ce petit recueil reste agréable à lire. Un style qui repose sur certaines traditions du conte, et par conséquent pas toujours très fluide, du fait des nombreuses incises. Une rencontre avec une autre culture de l’écriture, même si Akutagawa a lu beaucoup d’auteurs occidentaux. Il existe également une édition plus complète d’oeuvres de cet auteur, publiée chez Gallimard dans la collection Connaissance de l’Orient, et d’où ces quatre nouvelles sont extraites.

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