Récit d’un voyageur à Noirmoutier

Comme promis, ô ami Voyageur, voici le récit de cette splendide journée du 2 août 2005 passée sur l’Ile de Noirmoutier.

    Nous partons le matin sur les coups de 10h30, sous un soleil de retour après quelques jours de vacances ! Un trajet bien classique, avant le premier moment fort de la journée : la traversée du pont de Saint-Nazaire, où l’on survole littéralement le chantier naval (pas vu les polonais depuis cette hauteur).
    De l’autre côté du pont, un paysage que j’ai trouvé merveilleux.
    La Vendée. Les canaux serpentent au cœur des champs dorés, les zébrant, à perte de vue. A la radio, une émission sur les phéromones, les mécanismes de séduction liés au sens. J’en apprend beaucoup sur l’étonnante façon dont les mille-pattes se reproduisent… Et tout autour de moi, ces étendues ocres, veinées d’argent.
    Des demeures aux façades immaculées, aux toits de corail, aux volets comme cieux déposées sur les fenêtres. Parfois, des bâtisses abandonnées, délabrées, et pourtant encore emplies d’une majesté passée. Au détour d’une route, un Christ rongé en sa substantifique moelle, corrodé, enchaîné pour l’Eternité à sa croix recouverte pas les lichens.
    Peu à peu, l’océan se rapproche. Le sel, les fragrances marines s’approprient nos sens, et font tourner la tête comme des essences enivrantes.
    Des éoliennes au loin, nous suivent de leur regard de cyclopes, nous accompagnent tout le long de notre route. Huit sœurs virevoltant sous les caresses du vent.
    L’île, toute proche. Déjà la senteur des pins chauds parvient à nos muqueuses nasales à peine remise du bien-être salin qui les avait envahies peu de temps auparavant.
    Encore la traversée d’un pont. Nous montons, encore et encore. La voiture franchit le sommet, redescend… Elle s’étend sous nos yeux, cette merveilleuse île où les quelques villes enclosent les marais salants. Toujours ces édifices à la pureté quasi virginale, de chaque côté de la route.
    Puis nous nous arrêtons, nous repaissons au cœur des pins. Des sensations nombreuses m’assaillent, dès que je me laisse aller un instant. Les douces effluves des pins dorés par un soleil généreux. Une brise légère qui siffle dans les branches des arbres. Un air marin vivifiant qui effleure mes sens à chaque instant. Une voûte céruléenne au-dessus de ma tête. Quelques fourmis longues comme mon ongle viennent nous accueillir, nous saluer. Le château d’eau de Barbâtre semble veiller sur nous par delà la cime des pins, sentinelle au linceul si pur. Une sérénité si rare s’empare de moi, m’envahit. Et je la reçois avec plaisir.
    Le temps semble cesser sa course.
    Puis nous repartons, abandonnons la sphère des cieux, nous unissons à l’Océan, ne faisant plus qu’un avec lui. Il purifie nos corps et nos âmes de leurs blessures. Nous revivons en son sein.
    De nouveau sur la route. Des marais salants entr’aperçus au creux d’un virage, des étiers striant les terres alentours.
    Quelques pas sur le port de l’Herbaudière, et en sortant de la ville, un panneau indicateur qui m’interloque : La plage des Lutins. Un sourire malicieux me vient aux lèvres un instant. Mais mes pensées sont déjà tournées vers notre prochaine destination, un lieu enchanteur, à la fois lumineux et sombres : le Bois de la Chaise, connu aussi sous le nom de Bois des Dames. Les photos ci-dessous te donneront, ô compagnon de route, une réponse quant à cette seconde appellation.

    Végétal et minéral s’accouplent ici quelques temps, donnant vie à un lieu exquis par la variété de ses formes, de ses tons, de ses senteurs. Tous les sens y sont en éveil, tant cet environnement fantasmagorique les sollicite. Quelques fois, la tendre vision de ma Douce s’y adjoint…

    Soit dit en passant, la photo ci-dessous me suggère un autre nom pour cet oasis : le Bois de Shub-Niggurath, tant ses sombres rejetons semblent s’y plaire… Mais l’Univers recèle des secrets qui ne sont pas connus de tous…

    Alors vient le moment tant redouté de s’éloigner de ces lieux chargés d’appels à ressentir la nature qui nous enserre. Les dernières senteurs de sel laissent comme la sensation indéfinissable d’avoir laissé une partie de soi en arrière, mais nous rappellent qu’elle nous y attendra toujours.
    Nous repassons le pont, survolons les pins, dont les arômes épicés nous quitte peu à peu. Des cabanes de pêcheurs de civelles sur le bord de la route, leurs filets suspendus au-dessus du vide, comme si eux aussi avaient stoppé leurs activités juste le temps de nous laisser partir.
    Retour par la petite ville de Bouin, paradis des gobeurs d’huîtres si l’on en croit les banderoles proclamant "Les gobeurs d’huîtres en fête", ou bien encore "Grande fête des gobeurs d’huîtres le 7 août". Une fois de plus, je souris, sans qu’il y ait d’amertume en moi.
    A la radio, interview de Zazie, qui enchaîne les perles comme une huître, ou une enfant fabricant un collier, je ne comprends pas l’intégralité des mots prononcés, ai l’impression d’extrapoler ses paroles, l’entends vanter la "sombritude" de son dernier album, évoquer la "spéléologie interne" qui la guide pour écrire ses textes, clamer haut et fort "la perceuse électrique est mon ennemie intime", ou comparer l’Inde, je n’ai pas trop saisi pourquoi, à "Mad Max 30, le côté hollywoodien en moins". Je ris avec chaleur. C’est si bon de rire sous le soleil.
    Toutes les heures, une info macabre répétée, ressassée à l’envi : découverte de 300 cadavres de fœtus conservés à l’Hôpital Saint Vincent de Paul, certains depuis 30 ans. Peu importe. L’euphorie qui m’habite est trop grande pour que cela m’atteigne… A chacun ses névroses. Les miennes étaient depuis bien longtemps enterrées…
    Même à la nuit tombée, mon esprit est encore tout imprégné des émanations sensibles qui m’ont enveloppées toute cette journée durant. J’en reviens heureux, ma Douce elle aussi… L’horloge sonne maintenant les coups de 2h, et je dois te laisser ici, toi qui as fait la route en ma compagnie, car il est grand temps pour moi d’aller m’endormir à ses côtés, bercés par les doux souvenirs de ce si court, mais si intense voyage…

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Une réflexion sur “Récit d’un voyageur à Noirmoutier

  1. C’est si bon ces journées où l’on s’évade totalement, où l’on arrive à trouver la paix, enfin, à tout lâcher, ses nerfs, sa peau, sa tête.
    De retour, enfin, je fais une petite incursion sur ton blog pour y trouver cette formidable idée de best of : ça tombe bien, je ne savais pas par quoi commencer.
    J’adore les photos de la forêt. Elle fait vraiment rêver. Et moi qui adore les arbres, ça me donne envie d’y aller en courant.
    Bonnes fêtes de fin d’année.
     
    Ambre 

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